Archive for the ‘les aventures de la préhistoire’ Category

Oh, moi, de toutes façons, la musique électronique, à part Jean-Michel Jarre…

Tuesday, September 17th, 2013

Jadis, lors que nos vaillants ancêtres vivaient encore dans des cavernes, les soirées étaient longues et la promiscuité si omniprésente qu’il n’existait même pas de mot pour dire promiscuité. Or, si tu as été en colonie de vacances ou au service militaire (ce qui est sensiblement la même chose mais ne nous éloignons pas du sujet, veux-tu), tu sais bien que forcément, ça crée des tensions. Selon un fameux modèle mathématique, si x personnes sont enfermées dans y mètres carrés pendant z jours, forcément, ça crée des tensions.

Il arrivait fréquemment, par exemple, qu’on se batte comme des chiffoniers pour la possession d’une peau de mammouth. Et il n’existait à l’époque aucun système juridique destiné à trancher en cas de litiges, d’où cette expression célèbre : “Pelisses partout, justice nulle part”.

C’est alors qu’une dénommée UhGruhrrka l’aveugle, parce qu’elle était aveugle, eut l’idée d’édicter des codes et des règles de la vie en société. Et que ceux qui ne les suivaient pas seraient enfermés dans des cages.

L’idée sembla intéressante à ses cogrottiers. Mais il fallut bien des palabres, parfois musclés, avant de réussir à se mettre d’accord sur les premières lois. Tout le monde amenait sa pierre à l’édifice, parfois à coups de gourdin. Certains voulaient interdire de tuer les gens, parce que quand même, ça ne se fait pas, d’autres pensaient que tuer c’est ok, parce que ça ne dure pas longtemps, mais jouer de l’ossement après 22 heures, ça c’est pénible, si on commence par tolérer ça jusqu’où ira-t-on ? Puis il fallut bien d’autres palabres, parfois musclés, pour savoir si toutes ces règles étaient rétroactives vu que UhGruhhhhhhhhhhhr il a quand même cogné un peu fort sur UuUhGr la fois où on a évoqué l’interdiction totale des concerts de Michel Sardou.

Puis il fallut se mettre d’accord sur les sanctions en cas de non respect, car sinon comment veux-tu qu’on les respecte, toutes ces lois ? et bon, on se rendit assez vite compte qu’on ne pouvait pas condamner les gens à la même peine (en général : être désigné volontaire pour aller voir si les tigres à dents de sabre qui rôdaient dans le coin sont allés voir ailleurs ou non, pas encore) pour avoir occis un voisin ronfleur à coups de gourdin ou pour avoir fini tout le cuissot sans demander à personne s’il en voulait encore. Comme on avait finalement laissé tomber la rétroactivité, cela donna une fois de plus à des dialogues musclés et à ce moment-là de l’histoire, la justice avait déjà fait dix-huit morts.

Enfin, il fallut désigner des spécialistes du droit intercavernal, dont le métier était de connaître par coeur toutes ces lois pour pouvoir décider si les gens les avaient vraiment violées ou juste un peu, et d’autres gens pour leur dire mais non votre interprétation est contestable, et ça se finissait régulièrement dans le sang, les larmes et le gourdin.

Mais finalement, on parvint à se mettre d’accord. Seulement, contre toute attente, il y avait toujours des infractions au code de la caverne. Alors on se dit que tout ça, c’était de la faute d’UhGruhrrka l’aveugle et on la condamna à la peine capitale, être privée de dessert à vie.

Tie break

Friday, December 14th, 2012

Longtemps, l’homme préhistorique a marché nu. Puis il s’est dit “on dirait que ça se rafraîchit, non ? Il y aurait une petite glaciation qui se prépare que ça m’étonnerait pas” et a inventé les habits.
Au début, ça restait assez basique : les habits d’un jour reflétait souvent le repas de la veille (parce qu’ils chassaient, je veux dire, pas parce qu’ils s’habillaient avec des assiettes). On tuait un mammouth et toute la tribu revêtait des pelisses de mammouth, on abattait un lapin et on avait un peu froid mais ça faisait un joli bonnet (qui a d’ailleurs inspiré les actuels bonnets militaires helvètes), on se débarrassait d’un tigre à dents de sabre et les rayures revenaient en force ce printemps.

Comme nous l’avons déjà vu, à cette époque, on s’ennuyait ferme, car il n’y avait pas encore 112 nouvelles chaînes du câble par jour. Mais cet ennui était propice à l’invention de mille nouvelles distractions.

Un jour, un dénommé UuhhGruhhhhhhhr proposa à quelques amis une activité ludique à laquelle personne n’avait jamais pensé :
– Alors on s’assied devant la caverne, on regarde les gens passer et on critique comment ils sont habillés.”
– Ah mais pourquoi ?”
– Ben c’est rigolo.”
– Ah bon ?”
– Mais si, essaie pour voir.”
– Ah ben lui, là, avec ses moufles en peau de biche… Il me fait vraiment penser à une biche.”
– Ouais non, t’as raison, c’est assez nul…”

Mais pourtant, l’idée d’UuhhGruhhhhhhhr finit par prendre et petit à petit, tout le monde s’adonnait à ce nouveau concept logiquement “bichage”. Il décida de mettre sur pied une petite société secrète chargée de déterminer, année après année, ce qui était désormais à la mode, pour que tout le monde sache bien de qui se moquer et de qui ne pas se moquer sinon après c’est l’anarchie.

Grisé par le succès, il ne cessait d’inventer de nouvelles idées toujours plus tordues.

– Alors on dirait qu’une femme serait obligée avant de sortir de chez elle de se plaquer des tas de couleurs faites à base de charbon et d’animaux morts sur le visage.”
– Yiiik.”
– Et aussi, elles devraient marcher avec l’arrière du pied plus haut que l’avant.”
– Mais c’est idiot !”
– Mais non. Et elles devraient s’arracher régulièrement tous les poils, même ceux du visage, sinon elles seraient la risée de la population.”
– Non alors ça, non, mon pauvre vieux UuhhGruhhhhhhhr, une femme sans poils, ça ne marchera jamais.”
– Oh mais vous avez pas le sens du cool.”
– Mais y en a que pour les femmes, dans ton truc ?”
– Oui. J’aime bien les femmes.”
– Non mais faudrait trouver un truc aussi pour les hommes sinon ils vont se sentir lésés. Qu’est-ce que tu dirais de ça : le comble de l’élégance, pour un homme, ce serait de s’attacher un truc autour du cou !”
– Non.”
– Mais il y en aurait avec des chats ! Ou des rayures !”
– Oui… non !”
– Non mais regarde, ça ferait super joli sur une chemise bien repassée.”
– Une quoi bien quoi ?”
– Attends, je vais te montrer… voilà…. non c’est pas bien serré, encore un peu plus… voilà, parfait !”

Et c’est grâce à cette intervention salvatrice bien qu’un peu trop musclée (ne faites pas ça chez vous les enfants), première victime de la mode de l’histoire, qu’on n’entendit plus jamais parler d’UuhhGruhhhhhhhr et de ses sinistres idées.

Voyage au bout de l’ennui

Tuesday, January 25th, 2011

Un mardi comme tant d’autres, pendant la Préhistoire. L’humain n’a pas apprivoisé le langage depuis longtemps. Il sait nommer ce qui l’entoure, animaux, végétaux, roches, étoiles. Il sait nommer quelques sensations quotidiennes, la faim, la peur, le froid, la joie et les blagues salaces quand UhGruhhra et UuhGruuhraah partent ensemble chasser la marmotte chevêche.

Puis il se met à créer des mots pour des concepts toujours plus abstraits et se rend compte qu’une fois pourvus d’un nom, ceux-ci deviennent soudain plus tangibles.

Nous sommes, donc, à la Préhistoire. Un mardi après-midi. Brouillardeux, venteux, fort peu giboyeux. Les chasseurs du Clan, enfin, d’un clan, préfèrent ne pas s’aventurer dehors, ils ont assez de réserves pour tenir bien des lunes: la chasse a été bonne cet été. Ils remettent du bois sur le feu, discutent un peu du temps jadis qui était quand même mieux que maintenant, assurent un peu la survie de l’espèce, et font pas mal d’introspection sur eux-même.

Soudain, un dénommé UhGruhhhr s’exclame : “Je sais pas vous mais purée, qu’est-ce que je m’ennuie !” UhGruhhhr ne le sait pas, évidemment, mais il vient de faire entrer l’humanité dans une nouvelle ère. L’Âge de l’Ennui. Car l’ennui, bien plus que le rire, le travail ou le Coca light, est le propre de l’homme. Un chat, par exemple, peut rester des mois sans zapper mollement ou traîner sur Facebook. Jamais un opossum n’ira faire une après-midi shopping. Et même les palourdes, dont la vie sociale est pourtant extrêmement limitée, ne découpent pas de fiches bricolage dans les magazines pour occuper les petits le dimanche.
Frappés par cette révélation, tous les camarades de tribu d’UhGruhhhr renchérissent : “Ben, maintenant que t’en causes, c’est vrai qu’on s’emmerde un peu, là”, “je viens de compter beaucoup de fois le nombre de branches de cet arbre sous lequel je ferais ma sieste si j’en avais pas déjà fait beaucoup depuis le lever du soleil et je dois dire que bon c’est pas le truc le plus intéressant du monde (et il serait temps qu’on développe un système de comptage avec autre chose que un et beaucoup, accessoirement)”.

UhGruhhhr prononça alors une deuxième phrase , devenue l’hymne de toutes les générations d’adolescents qui se sont succédé depuis lors, sauf éventuellement en cas de guerres ou d’épidémies mais c’est même pas si sûr : “Je m’ennuie, mais je sais pas quoi faire”.

Mais comme il n’y avait pas grand chose à la télé en ce temps-là, il fallut bien trouver de quoi s’occuper. Un dénommé UhhhhGruhUhr découvrit que suivant comment l’on tapait deux os l’un sur l’autre, cela produisait des sonorités différentes, que suivant comment l’on faisait se suivre les sonorités, ça faisait joli et que plus c’était joli, plus les plus jeunes membres du clan se mettaient à pousser des cris hystériques et à fabriquer des portraits de vous en silex taillé ou en purée pour les afficher aux murs de leur caverne.

Un autre, UuUGrrrh, s’imagina qu’au lieu de toujours manger la même chose, on pouvait concocter de succulents tartare de tigre à dent de sabre aux herbes sauvages et autre carpaccio de porc-épic en croûte d’herbes sauvages.

D’autres imaginent que l’on pourrait tenter de nourrir des bébés animaux afin de les habituer à la présence de l’humain, puis, à terme, de les observer et de rire de leurs mille maladresses : youtube vient de naître.

Et tous les jours, une nouvelle idée émerge, un nouveau loisir apparaît: la sculpture, les positions sexuelles acrobatiques, le jonglage, les placements en bourse, le chant diphonique, la natation, l’herboriculture, l’histoire-géo… Puis, un beau jour, la saison du rhinocéros laineux, voilà qu’il faut repartir à la chasse. “Pfff, fait chier”, s’exclame UhGruhhhr, “j’ai à peine fini ma broderie, on peut pas y aller la semaine prochaine, plutôt ?”

Alors il a une nouvelle idée géniale : “si au lieu d’aller au rhinocéros, on allait taper sur les mecs de la tribu d’à côté, de toutes façons ils sont bizarres, avec leur façon de prononcer les gh et leur manie de faire du feu ? Après, ceux qu’on n’a pas tapés trop fort, on les ramène ici, et on leur dit que c’est leur boulot d’aller chercher la viande et le nôtre de la manger ? Ça serait sympa, non ?” L’esclavage venait d’être découvert et, grâce à lui, les membres de la tribu d’UhGruhhhr eurent du temps à foison. Ce qui fit déclarer assez rapidement à UhGruhhhr: “Je sais pas vous mais purée, qu’est-ce que je m’ennuie !”

Où vais-je, où suis-je, UhGruhr

Wednesday, November 18th, 2009

Nous sommes à la Préhistoire, un mardi. La période est encore très chasse, très cueillette. Mais un jour, UuuhGruhrrr se blesse malencontreusement dans un stupide accident de fougère. Contraint de garder la paillasse quelques jours, il décide de se rendre utile, car la procrastination n’a pas encore été inventée, en tenant la caverne propre car la poussière, elle, existe déjà depuis plusieurs belles lurettes.

Comme il n’est que moyennement valeureux, il convainc, une fois rétabli, son chef, Uuuuuuuuuuh-Grur, de lui permettre de continuer à exercer des fonctions nettoyatrices : la conciergerie est née.

A vrai dire, UuuhGruhrrr ne s’épanouit pas immédiatement dans ses nouvelles tâches anti-taches. Lorsque ses camarades de clan reviennent, le soir, contant leurs péripéties quotidiennes, il n’a pas grand chose à leur répondre : “Ohlala aujourd’hui, on s’est battus contre un mammouth d’au moins 13 mètres, et toi ?” “Ah moi j’ai fini de nettoyer le coin gauche de la caverne, je peux te dire que ça a pas été évident !”

Mais UuuhGruhrrr finit par découvrir que son balai lui confère une certaine autorité. Bien sûr, ce n’est pas aussi classe que chef ou que sorcier, c’est beaucoup plus subtil, mais il constate assez vite que les gens s’excusent trois fois quand ils passent à côté de lui, et qu’il lui suffit de grommeler un peu pour faire faire de grands détours à ses congrottiers.

Or, déjà à l’époque, l’homme aime le pouvoir, si infime soit-il. UuuhGruhrrr décide alors de devenir un concierge odieux et tyrannique, exigeant que les membres de la tribu retirent leurs bottes en peau de gnou avant de rentrer, se plaignant sans cesse que quelqu’un a encore laissé traîner ses os n’importe où et qu’on voit bien que ce n’est pas eux qui nettoient, bougonnant sans cesse au point que, bientôt, la caverne est si propre qu’il peut se permettre d’aller ramasser des glands toute la journée.

Cette amusante anecdote n’est pas seulement à l’origine de l’expression imagée “glander”, elle explique pourquoi, aujourd’hui encore, les concierges, qui se racontent cette histoire oubliée dans leurs assemblées secrètes, bougonnent et mettent en oeuvre des moyens colossaux pour retrouver la graine d’anarchiste qui a laissé son adoucissant à la buanderie.

Cosquer youplaboum

Monday, March 9th, 2009

Si tu suis attentivement ce blog, tu auras peut-être remarqué ma passion pour la Préhistoire (et ma rigueur scientifique). L’étude des moeurs de nos lointains ancêtres nous permettra peut-être de répondre un jour à cette question cruciale: “A quel moment, au juste, on a merdé ?” Et l’archéologie est une science fascinante, qui mêle méticulosité et imagination.

Dans la grotte Cosquer, près de Marseille, on trouve par exemple des représentations d’animaux marins, notamment de phoques et de grands pingouins, ce qui est assez rare dans l’art rupestre. Comment expliquer la présence de ces animaux ?

– Oh, UhGruhrou, con, amène-toi, c’est l’heure de l’apéro, ton jus de fenouil t’attend !
– Non, fait trop froid.
– Allez, les pitchoun ont inventé un nouveau jeu, il faut lancer des gros cailloux sur un petit caillou, ils vont être déçus si tu joues pas avec, peuchère.
– Non, non, on a pas inventé le feu pour aller faire les mariolles dehors, je reste ici.
– Tu exagères, fan de chichoune.
– Comment ça j’exagère ? Oh, MarGruhr a même vu passer un pingouin !
– Qué pingouin ?
– Je te jure.
– Oh ne jure pas, bonne mère. Mais je sais même pas ce que c’est, un pingouin.
– Attends, je vais te faire un croquis. Tu as pas quelque chose pour dessiner ?
– J’ai bien une grotte…

Comment je me suis presque prostitué (ma vie textuelle)

Monday, June 2nd, 2008

Même si, certains jours, en période glaciaire, il lui arrivait de ne pas manger ses cinq légumes, l’homme préhistorique menait une vie saine et proche de la nature. Jamais il n’attrapait le cancer du natel ou autre maladie honteuse liée aux turpitudes de la vie moderne.

Mais ne va pas croire, pourtant, que son quotidien était sans dangers (ou alors si tu y vas quand même, tu pourrais me ramener des pâtes ?, parce que avec cette pluie). Chasseur de mammouth, c’est un métier avec une énorme prime de risque. Sauf que comme les primes se payaient en mammouth, c’est un peu le serpent qui se mord la queue, sauf que c’est pas un serpent. Et que jamais un mammouth, en imaginant qu’il soit assez souple, ne ferait ça. Un serpent non plus, d’ailleurs, mais je sens qu’on se perd, là.

La médecine n’existait pas encore, le chasseur blessé par un mammouth tragique le restait longtemps, sauf s’il finissait mort. Le socialisme n’existait pas encore, les chasseurs se gardaient sans remords les meilleurs morceaux et, las, l’alité se languissait, livide, léchouillant une laitue, lacérant un lapin laineux pour en laper l’os. (On appelait ça une alité-ration).

Or, il advint qu’un jour le dénommé UhGruhrrrrrrrrrrrrrrr, une feignasse qui avait à coeur le bien-être de ses pairs, lança une idée révolutionnaire: l’assurance. Toutes les semaines, les chasseurs payeraient un cuissot de mammouth. Puis, le jour où ils viendraient à subir un accident, ils auraient le droit à 4 cuissots / mois, pendant toute la durée de leur blessure.

A condition bien sûr qu’elle dure moins de trois semaines, et à l’exception des huit premiers jours. Et elle devait survenir dans l’exercice de la chasse au mammouth, mais ne devait pas être provoquée par l’animal, auquel cas c’était son assurance qui devrait couvrir les faits. Ni par un tiers. Ni par un objet de plus de 12 centimètres. Et le blessé devait pouvoir prouver qu’il avait pris toutes les précautions nécessaires avant de se blesser.
Pour un modeste supplément de deux blancs et un bout de couenne, l’assuré pouvait également se prémunir contre les invasions de termites, les chutes de stalagmites et les fins brutales de l’ère glaciaire.

Hélas, les contemporains d’UhGruhrrrrrrrrrrrrrrr étaient des êtres frustes et, pour le dire franchement, peu ouverts aux idées modernes et, peu de temps après avoir inventé le deuxième plus vieux métier du monde, assureur, le malheureux inventa, contraint et forcé, le troisième plus vieux métier du monde, dentiste animalier.

j’ai mangé des chipolatas avec de la salade, ça va pas du tout ensemble*

Tuesday, April 22nd, 2008

A la Préhistoire, la terre était encore peu peuplée, ce qui n’avait que peu d’influence sur le métro aux heures de pointes. Cela avait en revanche une influence directe sur les relations entre les peuples puisqu’il est beaucoup plus facile de ne pas détester ses voisins quand on ignore totalement leur existence.

Mais, parfois, il arrivait que deux tribus convoitent le même mammouth. Comme l’Homme, bien qu’encore peu civilisé, présentait déjà certaines amusantes caractéristiques qu’il a su conserver jusqu’à aujourd’hui, ça finissait parfois en méchoui mais bien généralement en baston. Puis on jetait la moitié du mammouth, parce que c’est quand même gros et moins bon réchauffé.

Le grand chef UhHgRuhr, sage ou parano, c’est selon, aimait à être informé des agissements des autres cavernes: ont-ils découvert le feu, où en sont-ils politiquement et, surtout, les rumeurs selon lesquelles UhGruuuuuuuuuuuuuhr et Ughraha auraient une aventure sont-elles fondées ? Il décida donc d’affecter quelques jeunes gens à son service d’information. Ils suivaient une école où ils apprenaient les ficelles du métier genre peut-on mener une interview à coups de massue, entraînaient leur mémoire parce que c’est pas évident de te rappeler de tous les détails quand, sur le chemin du retour, tu es tracé par un tigre à dents de sabres ou un panda laineux et, si il restait encore un peu de temps, intégraient quelques notions de déontologie.

La nouvelle profession était très convoitée. Nombre de jeunes gens rêvaient de la pratiquer. Pourtant, plus les années passaient, plus les vieux gens qui la pratiquaient trouvaient que, vraiment, c’était plus comme avant. Ils ne recommençaient à trouver noble leur profession qu’au moment où quelqu’un prétendait que “non mais n’importe qui peut le faire, suffit juste de courir vite”.

Il faut dire qu’en cette période d’inculture, on avait tendance à confondre messager et message. Et que, quand les nouvelles étaient mauvaises, le chef UhHgRuhr devenait de mauvaise humeur donc, pour éviter, on s’arrangeait pour les arranger. Il faut dire aussi que les envoyés spéciaux avaient tendance à revenir le plus vite possible. Premièrement parce que l’information n’attend pas, deuxièmement parce que plus les années passaient, plus la perspective d’une bonne tranche de mammouth ravigote à leur retour au bercail leur semblait plus importante que celle de servir l’information. Du coup, ils s’arrangeaient pour rentrer avant les concurrents, pour avoir les meilleurs morceaux, je sais pas si t’as déjà goûté la rate de mammouth mais c’est moyen. Et que finalement, si ils donnaient une information fausse, genre UhhGRrRugr de la tribu troisième caverne à gauche et après c’est tout droit est décédé hier des suites d’une courte maladie rigolote, le temps qu’ils rentrent, statistiquement, ça pouvait très bien être devenu vrai. Et finalement, parce que leur métier n’était pas toujours reconnu à sa juste valeur à l’étranger et qu’on a beau dire, entre servir l’information et servir de cible à des fous furieux armés de javelot, détaler est souvent le choix le plus sage. L’enquête de fond était donc souvent délaissée au profit de la course de fond.

Puis l’on inventa, tour à tour mais pas coup sur coup, l’écriture, l’apéritif, l’imprimerie, l’attachée de presse et, aujourd’hui, cette noble profession a bien changé.

*oui va falloir que j’arrête de demander des titres aux gens de msn

L’héritage déplorable de 12068 av. J.-C.

Thursday, April 17th, 2008

Les hommes préhistoriques vivaient souvent dans de luxueuses cavernes tout confort, foyer agencé, vue sur la mer, WC et douche séparés. Puis, un jour, ils décidèrent, plein d’usage et raison, qu’il était grand temps de se caser, d’arrêter un peu avec le nomadisme, que cette vie de patachou n’était plus de leur âge de pierre.

Mais tu imagines bien que ça ne s’est pas fait comme ça.

Tellement d’années avant Jésus-Christ que les gens pensaient que c’était un footballeur, Jésus Christ, l’Homme commença à domestiquer vaguement deux-trois bestiaux, tels le poney sauvage des steppes et l’huitre bigarrée, histoire d’avoir toujours à proximité de quoi se faire un sandwich. Il continuait de nomader, moins qu’à la désopilante époque de la traque au mammouth, mais quand même.

C’est à cette époque que le jeune Uhgrgurh le fou tint ce langage à son chef, UuhGruhr le rusé. “Tu vois, on pourrait construire des tas de petites cavernes individuelles, genre en bois, les unes à côté des autres, pas trop près comme ça on n’aurait plus besoin de dormir à côté de UuhGruhr, qui ronfle quand même un peu, mais pas trop loin comme ça on pourrait se faire des soirées djembé de temps en temps et on limiterait la période de nomadisme à juillet-août, on planterait un peu de sorgho et des chèvres comme ça on n’aurait pas besoin d’aller chercher la bouffe trop loin, on vivrait pieds nus et les portes n’auraient pas de clés”. Un programme politique ambitieux qui ne convainquit pas UuhGruhr: “Bien sûr, l’idée me semble audacieuse, mais je crois que le peuple n’est pas prêt et que dois-je faire, je vous le demande, Uhgrgurh, que dois-je faire, fouler ainsi au pied la volonté du peuple ?”, répondit-il et, pour mieux marquer sa foi en la démocratie naissante, il asséna un coup de massue sur le crâne du godelureau.

Uhgrgurh, qui était un jeune rebelle dans sa tête, décida pourtant de tenter l’expérience. Il fuit, partit s’établir dans une vallée du coin et s’y installa un trois pièces avec jardin, quelques arpents de terrain et deux trois moutons laineux. L’ère était à la verdoyance outrancière et sa petite entreprise ne connut pas la crise. Si bien que, lassés de marcher inlassablement sans raison, quelques congénères vinrent s’établir aux alentours. Le premier village était né, très vite, aux fermes s’ajoutèrent une forge, un bar, un supermarché et Uhgrgurh abandonna son métier de fermier pour se lancer dans l’organisation de safaris pour les habitants plus âgés nostalgiques de la chasse.

UuhGruhr le rusé, qui commençait à avoir des cors aux pieds, eut vent du succès du concept de village et décida de revenir s’y installer. Deux ans plus tard, grâce à un vibrant discours sur la nécessité de préserver les valeurs traditionnelles de la vie locale face à l’insécurité provoquée par la sédentarisation massive et aux difficultés manifestes d’intégration des nomades, il se fit élire maire. Sa première mesure fut de faire bannir le jeune Uhgrgurh, accusé de fomenter un complot contre la pérennité villageoise, car déjà à l’époque, il n’y avait pas tellement de moralité à la fin des histoires.

Où Paul y tique

Friday, May 4th, 2007

N’ayant pas eu l’idée de créer un ministère de l’identité nationale et des petits lapins, les premiers hommes avaient une organisation politique plutôt aléatoire. Chaque caverne avait son chef, qui disait quand fallait aller chasser le mammouth et quand on pouvait rester peinard à regarder la télévision. Ca se passait plutôt bien, sauf le dimanche, jour des mariages, quand l’alcool coulait à flots, à cause de la promise cuitée.

Seulement, parfois, il fallait renouveler le chef, l’ancien étant hors d’usage suite à une rencontre inopinée avec un mammouth, ou alors parce qu’il était mort de décès.

A l’époque, il n’y avait pas de problèmes de chômage, très peu de politique extérieure et l’insécurité était étroitement liée à la croissance économique, vu que les problèmes principaux pouvaient, en général, se manger une fois éliminés et, du coup, tout le monde était plus ou moins d’accord sur la ligne politique à adopter pour la prochaine législature: chasser des mammouths.

(Pour votre santé, évitez les aliments gras, mangez au moins 5 fruits et légumes par jour et veillez à ce que le tigre à dents de sabre soit vraiment complètement mort avant de commencer à le dépecer)

Seulement, tu sais ce que c’est, y a toujours des gens qui sont persuadés qu’ils feraient un meilleur chef que les autres. Dans la plupart des cas, on se disait que tant qu’ils font ça, ils font pas de bêtises et on les laissait cheffer avant de recevoir un coup de massue mal placé. Mais, parfois, il y avait deux petits nerveux arrivistes qui avaient pas eu tellement de copains dans leur enfance dans la même caverne. Du coup, pour éviter que cela ne parte en bagarre générale avec partisan de l’un et de l’autre pendant des plombes, il fallait trouver une solution sobre et efficace: le débat polytique (ainsi nommé parce que comme y avait infusion de sang, les insectes nuisibles et parasites pouvaient faire bombance).

Les deux candidats de la majorité se tenaient face à face, gourdin à la main, et se mettaient sur la gueule pendant des heures. Puis l’un comme l’autre allait expliquer à tout le monde pourquoi c’est lui qui avait gagné. Pendant ce temps là, profitant de la confusion générale, le candidat du parti Chasse, poteries et tradition profitait de la confusion générale pour les bannir les deux, se déclarer chef et organiser une grande chasse au mammouth.Aujourd’hui, la tradition est un peu restée, mais avec en plus civilisé, gâce à la civilisation, comme le montre cette vidéo


Vidéo et débat
envoyé par flippy

il dit qu’il a plus de genoux

Tuesday, February 6th, 2007

Pendant la Préhistoire, on passait pas mal de temps assis en tailleur devant un feu de bois, le cul sur la pierre. Autant te dire que, comme le ukulélé avait pas encore été inventé, le contage était une activité importante.

Parmi les histoires populaires, il y avait celle de UhhGrruhr et de Uhgruuhrkaia, deux jeunes gens des cavernes qui s’aimaient d’un amour beau comme une sagaie dans l’omoplate d’un mammouth au petit matin, mais leur amour était impossible, elle vit dans la grotte d’à côté et ils s’entendent pas trop depuis une sombre histoire de mammouth poursuivi alors qu’il avait manifestement pénétré dans le territoire voisin, on voit bien que l’arbitre était suédois!, et donc leur amour est impossible et à un moment elle lui dit UhhGrruhr, UhhGruhr, pourquoi es-tu UhhGrruhr et il lui répond ahah non mais pas du tout, je suis HuGrrrrrrruhr, son cousin, alors ils se marient et ont beaucoup d’enfants.
Alors forcément, on se racontait ça, on modifiait un deux passages, parce que on avait pas le respect de l’oeuvre, tu vois?, on enlevait un bout, ce qui fait qu’au bout d’un moment, l’histoire devenait celle d’un chasseur de mammouth conplètement obsédé par Pigloo, le mammouth blanc géant.

Puis, un jour, le jeune UhhhGruhuhur le malicieux inventa un système basé sur l’utilisation de genre de signes et alors chaque signe ça voudrait dire un son, par exemple on dirait que § ce serait uhg et ¬ gruhr, ce à quoi son chef HuhHgrur le clairvoyant mais un peu grossier sur les bords quand même lui répondit “non mais t’es complètement con ou quoi? c’est complètement con ton truc”.

Il fallut attendre plusieurs siècles pour que l’invention de l’écriture, en Mésopotamie, bouleverse la société et le marché de l’édition. (C’est à peu près à la même époque qu’en Anatolie mineure, un type marcha malencontreusement sur un oursin qui passait par là et hasard, ce qui n’a rien à voir avec cette histoire (ce fut l’invention des cris turcs))

Au début, on se servit de l’écriture plus pour les comptes que pour les contes. Mais il ne fallut pas attendre longtemps pour que l’humain, toujours inventif, décide de mettre cette nouvelle technologie au service de son imagination débordante.


La blague du fou qui repeint son plafond, en mésopopotamien (à l’époque, ils montaient sur des sapins de Noël, les échelles n’étaient pas solides)

Malheureusement, il est toujours des esprits obtus pour entraver la marche de la créativité, et l’auteur de la première oeuvre fictionnelle se vit répondre “ah mais c’est pas de la littérature, ça!” par son chef, Jean-Uhgrur le un peu chauve.

Il faut dire que ce n’était pas de la littérature, mais une liste de courses.