Bon pour ton poil - Der Blog, der lolt

#pornfood

En ce temps-là, il se produisit une curieuse inversion.

Pendant un temps, manger devint la principale préoccupation des gens, il fallait qu’ils prennent en photo leur kimchi de sucrine stroganoff, leurs röstis dauphinois revisités, leur variation sur le thème du jambon, il fallait qu’ils en parlent, tout le temps. Mais cela n’allait pas durer. Jaloux de leurs amis, ils commencèrent à s’inventer des allergies de plus en plus sophistiquées. Ils couplaient cela à des régimes de plus en plus drastiques : sans viande, sans lipides, sans aliments cuits, sans faïence. Il devint de plus en plus complexe de cuisiner sans offenser l’un et mettre en danger l’autre, si bien que tous les plats cuisinés portaient désormais la mention “attention, peut contenir des traces d’aliments”

Petit à petit, manger cessa d’être un plaisir pour devenir quelque chose d’honteux qu’on ne pratiquait que chez soi, à la lueur d’une bougie, tous volets éteints.

Dans le même temps, la sexualité devint soudain quelque chose de parfaitement naturel. La première émission de télé-réalité ou l’on voyait des experts assister des couples en mal de libido avec force démonstration et moult explication fit bien un scandale le jour où une participante hurla en prime time “Oh oui, chantourne-moi toute”, mais cela ne dura qu’un temps. Petit à petit, cela se banalisa parfaitement.

Pour tous ceux qui vécurent cette période, ce fut un peu déroutant, au début, mais on s’habitue à tout. Les restaurants fermaient les uns après les autres pour être remplacés par des boîtes échangistes – et les gens disaient “oh, à midi, ça me gêne pas d’y aller seul mais le soir… ça fait un peu pathétique, non ?” On disait “Tiens, ça fait longtemps qu’on a pas vu les Müller, on pourrait leur proposer une petite partouze samedi en 8 ? Mais après, on leur dit qu’on est fatigués, hein ? Sinon ils vont encore vouloir faire des jeux de société…”
Dans le même temps, des jeunes hommes ricanaient en disant “Il paraît qu’elle, là, elle va souvent au resto hinhinhin c’est Didier il m’a dit qu’il avait mangé des sushis avec elle. Et même qu’elle a fini toute sa soupe miso, hinhinhin”, alors que des jeunes filles s’offusquaient, “il a voulu me faire à souper, le premier soir ! un risotto, en plus, genre je vais manger un risotto comme ça, tranquille. Il me prend pour qui, celui-là ? Je lui ai dit, non, on baise et après je pars, je ne suis pas celle que tu crois. Bon, n’empêche, il avait l’air pas mal, son risotto, mais je voudrais pas qu’il croie que…”, voire “je me suis endormi et quand je me suis réveillé, elle était en train de me préparer des côtelettes, tu crois que je devrais appeler la police ?”

Des petits clubs glauques ouvraient ça et là, où l’on pouvait sous le manteau manger un bortsch, une feijoada, un poulet yassa ou un tom kha ghai. Les gens disaient “non, non, jamais je mettrai les pieds dans ce genre d’endroit, payer pour de la nourriture, franchement, faut être malade”, mais pourtant, ces clubs étaient toujours plus nombreux. Malgré l’interdiction de la publicité, votée pour protéger l’innocence des enfants.

Mais tout passe, tout lasse et soudain, les jeunes de la génération f (on avait recommencé au début car les gens des noms de génération n’avaient toujours pas trop d’imagination) dirent “oh, non, baiser, y en a marre, on fait toujours ça, c’est ringard, tiens, si on se faisait une bouffe, plutôt ?”, si bien qu’il n’y eut pas de génération g et que le peuple furet put enfin prendre le contrôle de la planète terre.


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Pondu par raph le Tuesday 7 October 2014 oui je sais la date est en anglais, c'est parce que je suis trop hype dans ma tête.

Independenza

Cette année-là, l’Ecosse décida de devenir indépendante. Cela donna des idées à la Catalogne, puis à la Vénétie, au Sud-Tyrol puis à la Bretagne, à l’Alsace, à la Bavière, à la Moravie, à la Transnistrie, au Texas, à la Galice, au pays Basque, au Québec, au Valais, à La Chaux-de-Fonds.
Les fabricants de drapeaux prospéraient comme jamais, les compositeurs d’hymnes nationaux faisaient des affaires juteuses, les douaniers revinrent en force, les cartographes avaient plus de travail que jamais. Mais ça ne leur servait pas à grand chose, les batteurs de monnaie n’arrivaient pas à suivre, et il était bien difficile de réussir à échanger ses batz piémontais contre des guinées carinthiennes. L’UEFA décida de faire passer le nombre d’équipes qualifiées pour les championnats d’Europe de football à 248, la présidence tournante de l’Europe des 943 revint à la Laponie orientale et je repris deux fois des nouilles, mais ça n’a rien à voir.

Et quand Jean-Pierre Bouchoires, de Melun, décida de devenir indépendant, l’Organisation des nations unies, qui était en train de bâtir en urgence de nouvelles salles dans un ancien hangar à bestiaux, déclara “Oui oh, bah, au point où on en est…”, ce qu’il fallut ensuite traduire en 9132 langues nationales, dont certaines n’avaient pas encore été finies d’inventer. Il y aurait officiellement dû y avoir quatre habitants dans la République vaguement démocratique populaire fédérale de Jean-Pierre Bouchoires mais, suite à une terrible guerre de sécession qui avait fait de nombreuses victimes parmi la population d’assiettes, sa femme était partie avec les gosses.

Jean-Pierre Bouchoires célébra immédiatement cette grande victoire de la démocratie par une grande fête nationale, au cours de laquelle il engloutit de grandes quantités du plat national, des pâtes au gruyère, accompagné de la boisson nationale, sa bière maison qu’il devait hélas brasser à l’étranger, à la cave. Hélas, il tomba aussitôt victime d’une intoxication alimentaire probablement ourdie par des agents anti-indépendantistes des pays voisins, et dût bien constater que le système médical local, un doliprane qui traînait dans son armoire à pharmacie, était quelque peu défaillant.

Mais il en fallait plus pour freiner l’enthousiasme nationaliste de Jean-Pierre Bouchoires. Il entreprit de s’attaquer au problème politique numéro 1 qui rongait son jeune état : 100% de la population locale partait quotidiennement travailler dans le pays voisin, l’empire gâtinois, et y payait ses impôts, les plaques de la voiture, le keno et l’apéro aux copains. Hélas, il ne parvint pas à trouver d’accord durable avec le ministre des finances, qui était parti pêcher. Alors Jean-Pierre Bouchoires déclara à l’unanimité une semaine de congés officiels pour fêter l’indépendance encore un peu et se fit renvoyer. Comme le système social bochoirien était encore un peu vacillant, il se trouve fort dépourvu. Il décida alors de tenter de développer l’industrie nationale du collier de nouilles,mais il n’eut pas le temps car il devait disputer le championnat national de 100 mètres, qu’il remporta haut la main en 19 secondes 14, ce qui lui permit de se qualifier pour les Jeux olympiques de Montbéliard.

Et c’est à ce moment-là qu’il fut victime d’une terrible agression militaire de la Baronnie Libre Démocratique et Féodale des Voisins de Jean-Pierre Bouchoires, qui avait des visées sur ses importants gisements de chatons car Minouche, sa chatte, ministre d’état des animaux mignons, du développement touristique, de l’accès à la mer et de la défense, venait de mettre bas.

Après 19 jours d’un siège terrible que l’Histoire retiendra sous le nom de bataille du 4ème étage à gauche, il dut rendre les armes, qu’il avait empruntées à un ami.


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Pondu par raph le Tuesday 16 September 2014 oui je sais la date est en anglais, c'est parce que je suis trop hype dans ma tête.

Footoir

Vous le savez peut-être, une importante compétition de football, la Coupe du Monde, se déroule actuellement au Brésil (pour les plus connectés d’entre vous, ce préambule semble superflu, tant il est vrai que les médias ont plusieurs fois commenté l’évènement ces derniers temps. Mais on oublie trop vite que tout le monde n’est pas égal devant l’accès aux médias ! Ainsi, footballeurs et fans de l’équipe de Suisse de football ont cru jusqu’au bout qu’il s’agissait du tournoi d’été du FC Bottens (compétition fun, sangria, animations avec DJ Didier)). Ce tournoi est organisé par la FIFA, la Fédération internationale de football association.

Vous le savez peut-être, la FIFA est une fédération association qui brasse beaucoup d’argent, à cause de toi, oui, toi, qui a regardé Japon – Côte d’Ivoire. Tellement d’argent qu’elle pourrait facilement racheter la France, la Grèce et des bières pour le match de ce soir.

Il est une question légitime, que tu t’es sans doute souvent posée :

Que se passerait-il si d’aventure, le monde devenait une fifocratie, si Sepp Blatter devenait Empereur en chef, Michel Platini Grand Commandeur et si les guerres de religion opposaient désormais Neymaristes, Messianiques et CR7iens* ?

A quoi ressemblerait un monde tombé sous la terrible férule de la FIFA ?

La simulation : en séance, Berthier présente soudain sa nouvelle idée, lancer une gamme de produits végétaliens sur le thème du steak tartare et de la fondue bourguignonne. Votre idée, donc. Celle dont vous lui avez parlé, la veille, sur l’oreiller, au terme de votre entraînement hebdomadaire de lancer d’oreiller. Outré par ce comportement, vous vous roulez par terre en vous tenant successivement le visage, puis la cheville. Cela ne change strictement rien à la décision finale du board, mais ça fait toujours plaisir.

La mauvaise foi : vous faites la queue au supermarché. Vous dépassez allègrement trois personnes puis, au moment où on vous le signale, vous feignez l’innocence avec beaucoup, il faut le dire, de talent théâtral. Puis vous vous roulez par terre en vous tenant successivement la cheville, puis le visage. Des gens en profitent pour vous redépasser, mais vous gagnez un engagement sur le prochain Tarantino.

La corruption, fléau du football moderne alors qu’elle n’existe pas dans la société non-fotbalistique, serait partout.

La joie : chacun de vos accomplissements importants, premier baiser, première cuite, premier boulot, premier divorce, premier enterrement, premier shampooing, est accompagné de démonstrations exubérantes de joie, voire de chorégraphies plus ou moins improvisées, et vos amis, vos collègues, en profitent pour vous sauter dessus et toucher vos parties génitales. Puis une horde de fans se jettent sur la voiture la plus proche pour aller klaxonner. Cela occasionne d’importants bouchons et il faut construire de nouvelles rues. Les ouvriers du bâtiment, à qui cela assure 103 ans de boulot, improvisent une chorégraphie puis prennent leurs automobiles pour aller klaxonner.

En revanche, chacune de vos erreurs est aussitôt analysée et commentée par des gens qui n’y connaissent pas grand chose, mais qui à votre place auraient fait autrement.

Et bien sûr, les coiffeurs seraient tous miliardaires, ou en dépression nerveuse.

*(Avis aux âmes sensibles : il s’agit ici d’une ½uvre de fiction, évidemment, ne paniquez pas, dans la réalité, personne n’est vraiment fan de Cristiano Ronaldo)(ça se saurait)


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Pondu par raph le Wednesday 9 July 2014 oui je sais la date est en anglais, c'est parce que je suis trop hype dans ma tête.

Candides crushes

Il était une fois, jadis, dans un lointain royaume, une princesse dont le père s’inquiétait : elle avait déjà 14 ans et demi et n’était toujours pas mariée. Pour remédier à ce scandaleux état de fait, il décida d’agir selon la coutume : il avisa un dragon de ses amis, l’enjoignit d’enlever la donzelle, si possible sans trop faire de marques, histoire que les preux chevaliers puissent rivaliser d’audace pour sauver la damoiselle en détresse et ainsi gagner le droit de lui demander sa main, si tant est que le stupide sauropode ne l’ait point encore boulottée.

- Hé ouais mais moi je me fais buter à la fin ?, demanda le dragon.
- Ah ben c’est le risque. Mais on a toujours fait comme ça, dans la famille.
- Mais j’y gagne quoi, en échange ?
- Ah mais marre de cette génération qui ne pense qu’en termes de gains. Être le vecteur d’une belle histoire d’amour, ça ne te suffit pas, comme récompense ?
- Non.
- Ouais, je comprends. Ca se tient. Bon ben je vais me démerder autrement.
- Ok. Cool. T’as regardé le match, hier soir ?
- Non.

Il se mit alors en quête d’une nouvelle quête à proposer aux prétendants. Mais ce n’était pas facile, car les royaumes voisins avaient fait très fort, récemment, au point de vue princesse éplorée, il y avait eu cette sombre histoire de rapt par sept nains lubriques et trois ours machiavéliques, le coup de la petite sieste de cent ans, spectaculaire, malgré quelques effets secondaires inattendus (en cent ans, on avait eu le temps d’inventer le désherbant et c’était le jardinier du château qui avait preumsé, il avait subtilement fallu lui expliquer les protocoles royaux à coup de massue). Désespéré, il demanda alors conseil à son épouse.

- Ben, je sais pas, demande à ta fille ce qu’elle en pense.
- Ahaha excellent. Non mais arrête de déconner, je pose une vraie question, là.
- Ah je sais ! On pourrait lui faire porter une chaussure !
- C’est un peu nul, non ?
- Mais ce serait une chaussure de verre !
- De verre ou de vair ?
- De verre.
- Nul.
- De vair alors.
- Nul.
- Bon ben démerde toi, je sais pas, moi j’ai mes amants à aller voir.
- Mais on les avait pas tous fait ébouillanter ?
- Oui, et ?

Désespéré, le roi demanda conseil à son fidèle conseiller.
- Vous avez pensé aux mariages arrangés ?
- C’est avec des épices et de la vanille ?
- Non, ça, c’est le rhum arrangé. Le mariage arrangé c’est, par exemple, on se dit ce serait super pratique de marier la petite avec le comte de Suède, comme ça on peut récupérer Zlatan pour la prochaine coupe du monde.
- Zlatan ?
- Un Suédois connu.
- Il va épouser ma fille ?
- Non.
- Rien compris. Je crois que je vais devoir changer de conseiller.
- Vous allez me jeter au dragon ?
- C’est la tradition.
- Vous ajouterez des épices et de la vanille ?

Désespéré, le roi demanda conseil au prince qu’on sort pour les grandes occasions, mais pas trop souvent sinon il s’enrhume.
- Dis, ta frangine, là.
- J’ai ça, moi ?
- Oui. Tu sais. C’est une fille, elle vit au château.
- Ah oui, ça me dit quelque chose.
- Elle est en âge de se marier.
- Ah, oui, je vois où tu veux en venir. J’accepte.
- Mais non. Pas du tout. Je voulais savoir comment lui trouver un prétendant digne de ce nom.
- Ah ouais, je vois le genre, mythique.
- Oui, voilà, je comptais mettre sur pied une quête mythique.
- Non, Mythique, le site de rencontres pour le gotha et le gratin.
- Ah, tu crois que ça pourrait marcher ?
- Non, c’est complètement old, même les cas désespérés n’y vont plus.
- Ça alors.
- Bon, alors, elle est où cette fille que je dois épouser ?
- Mais non. Pas du tout.

Alors qu’il était à ça de sombrer dans le désespoir le plus sombre, le roi croisa un marabout qui distribuait des papillons devant la station de chevaux. Ils promettaient chance au jeu, désenvoûtement, retour de l’être aimé, récoltes abondantes et potage avant de s’envoler dans un châtoiement d’ailes.

- Bon, au point où j’en suis…
- Oui, c’est ce qu’ils disent tous. Alors, que puis-je faire pour vous, mon brave ?
- J’ai une fille à marier.
- Ah, je vois ce que c’est. Très bien, j’accepte.
- Ah mais non, pas du tout. Je voudrais lui trouver un mari, mais pas un… enfin pas comme vous, vous voyez ?
- Vous dites ça parce que je suis Suisse allemand ?
- Non, parce que vous êtes marabout.
- L’animal ou la profession ?
- La profession. Ma fille est princesse, elle doit épouser un prince, c’est la tradition, sinon que vont penser les voisins ?
- Vous voudriez donc trouver un prince ?
- Oui mais en cette saison…
- Ecoutez, laissez moi seul avec elle une heure, et je la désenvoûte selon une vieille recette que l’on ne se transmet que de marabout en marabout.
- Ce serait pas une métaphore sexuelle ?
- Vous dites ça parce que je suis Suisse allemand ?
- Bon, laissez-moi votre prospectus, je vous rappellerai.

Le roi, qui ne savait plus quoi faire, décida, en dernière extrêmité, de demander son avis à sa fille la princesse.
- Tu vois, ta mère et moi, on s’inquiète pour toi…
- Trop relou.
- Moi je comprends que tu ne sois pas pressée, à ton âge, je pensais bien plus à guerroyer contre les Suisses allemands qu’à me marier, lol, mais que vont dire les voisins ?
- Je sais pas, on a des voisins ?
- Non mais enfin, c’est le principe.
- Bon, où sont ces Suisses allemands que je dois guerroyer ?
- Ah non, il y a là une méprise. Tu dois juste te marier.
- Ah ? Mais avec qui je veux ?
- Ah ben non, on n’est pas chez les sauvages ici !
- Parce qu’il y a un nouveau ménestrel, il est trop beau… Et il chante trop bien…
- Oh, la beauté, la chanson, ça ne dure qu’un temps.
- Bon mais je dois faire quoi ?
- Idéalement, te faire enlever, comme ça celui qui te sauve…
- C’est pas un peu old, ça ?
- Ce sont dans les vieilles marmites qu’on fait les meilleures soupes.
- J’aime pas la soupe.
- C’est une métaphore.
- En plus, les vieilles marmites, ça attache à mort.

Mais la princesse était raisonnable. Elle orchestra son rapt de manière à être séquestrée dans une pièce où il y aurait la télé et une playstation, faut pas déconner. Puis elle s’arrangea pour que ceux qui de quatre coins du royaume viendraient la sauver doivent répondre à des énigmes trop dures, histoires de pas tomber sur un prince trop con, puis doivent affronter à mains nues une licorne, parce que ça fait toujours prestigieux.

Seize ans plus tard, Akim, le fils du forgeron, arriva en tête avec plusieurs longueurs d’avance sur son premier poursuivant, le prince du Luxembourg et de la Chaux-de-Fonds, qui avait été ralenti sur crevaison.

- Ça y est, j’ai gagné, j’ai gagné, j’ai gagné, j’ai gagné !, dit-il, car il avait gagné.
Au loin, des hordes de forgerons montèrent sur leurs grands chevaux et se mirent à klaxonner dans leurs cornes de brume pour célébrer la victoire.
- Oui, tu as gagné, répondit la princesse, car il avait gagné. En son fort, elle était bien heureuse car cette splendide victoire, qui ne souffre d’aucune discussion tant il est vrai qu’Akim avait dominé cette compétition de la tête et des épaules même si un sauvetage de princesse n’est jamais gagné avant le coup de dragon final, allait bien ennuyer le roi son père. Malgré ses trente ans, en effet, elle adolesçait toujours, mais bon, va rester enfermée dans une tour sans que ça ait de conséquences, aussi.
- Cool. Alors maintenant, je deviens une princesse ?
- Quoi ? Non. Tu montes sur le podium, je te fais un bisou sur la joue et après on se marie et je prends des amants, selon la tradition.
- Oh mais j’ai rien compris, lol.
- Tu voulais devenir une princesse ?
- Ben oui, sinon j’aurais pas coupé la tête d’un dragon innocent.
- Bon ben du coup c’est moi qui te sauve ?
- Ouais, ok.
- Mais du coup, il faudrait que tu sois en danger.
- D’accord, je vais aller poster une photo du dragon sur un forum vegan.

Mais pendant ce temps, la royauté avait été abolie. La princesse, qui, malgré tout, s’était habituée à être traitée comme une princesse, tomba en dépression. Akim, le fils du forgeron, qui était enfin devenu une princesse, tomba en dépression. Le roi, à qui on avait coupé la tête avant de la planter sur une pique, tomba en dépression. Le marabout, qui avait gagné gros au jeu, tomba en cheval.

Après divers traitements psychologiques, plusieurs chutes dans la drogue, un mariage avec un poissonnier, un disque de rock’n’roll et un record du monde de cracher de noyaux de cerises, la princesse qui n’était plus une princesse mais quand même un peu parce qu’il faut bien remplir les pages des magazines décida de tout plaquer pour aller vivre dans une communauté dans le Vercors, elle vécut heureuse et eut beaucoup d’enfants, sans jamais toutefois savoir s’ils étaient vraiment d’elle. C’est ballot.


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Pondu par raph le Tuesday 1 July 2014 oui je sais la date est en anglais, c'est parce que je suis trop hype dans ma tête.

J’ai compris tous les mots et la chair est triste hélas

Les blogs nous permettent de nous poser en experts de sujets que nous ne maîtrisons pas, et c’est fort de cette force que je m’en vais vous expliquer aujourd’hui :

Comment devenir un écrivain

D’abord, il faut une idée. Ça n’a pas l’air important, comme ça, mais mine de rien, ça a une certaine importance.
Si tu n’as pas d’idée, tu peux raconter une histoire d’amour contrariée, quelqu’un qui plaque tout pour partir à l’aventure ou l’invasion de la Terre par des limaces de sept mètre de long, des classiques qui marchent toujours.
Si tu as trop d’idées et que ça fait onze ans que tu te demandes avec laquelle commencer au juste, je sais pas, prends la première à gauche, ou tire au sort, je sais pas. Ou celle avec les limaces, tiens, je l’aimais bien.
Ensuite, il faut des rebondissements, sinon tu risques de te retrouver avec un roman de 0,7 Nothomb d’épaisseur – ce qui montre toutefois une certaine compréhension des rythmes de lecture contemporaine. Exemple : « Soudain, des limaces de sept mètres de long envahirent la Terre. Ça alors, dit John, qu’allons nous faire. Puis il leur jeta du seul. » c’est trop court pour un roman.
Ensuite, quelques personnages auxquels on peut s’identifier : un héros jeune et souriant, très riche, dont tous les personnages féminins tombent sauvagement amoureux, mais quand même, il a des fêlures à cause de son enfance,
un ami du héros un peu gros mais très drôle,
des personnages féminins intelligents et espiègles, on est en 2014, que diable,
des limaces géantes.
Mais ce sont des exemples, tu peux aussi opter pour un savant très intelligent mais avec le sens de l’humour et des fêlures.

Ensuite, des adjectifs. Beaucoup. C’est très important. C’est même plus important que l’histoire, en fait. Les bonnes histoires, laissons ça aux anglo-saxons, qui sont vulgaires. Ce qui fait la littérature, c’est le style, et ce qui fait le style, ce sont les adjectifs. C’est connu. Je t’ai fait une liste d’adjectifs, mais tu peux aussi en prendre d’autres. Amphigourique, alambiqué, pestilentiel, dodelinant, atrabilaire, superfétatoire, astringent, elliptique, scrofuleux, épithète, cacochyme et gélinatoire.

Ensuite, il faut écrire. C’est la phase un peu chiante dans le processus d’écriture.

Puis il faut te relire. C’est la phase du processus d’écriture ou tu te dis que finalement, tu aurais mieux fait d’aller à la pêche. La phase où, tous les seize adjectifs, tu as un petit rire nerveux, la phase où phrase après phrase tu te dis mais qui a écrit une merde pareille ? ah ben oui, c’est moi, lol.

Puis ensuite, il faut faire relire par d’autres. Puis les tuer dans leur sommeil avant qu’ils n’aient eu le temps de te dire ce qu’ils en pensaient.

Puis il faut tout effacer et recommencer autre chose.

J’espère que ça t’a bien aidé ! La semaine prochaine, nous apprendrons la tarte aux fraises.


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Pondu par raph le Friday 27 June 2014 oui je sais la date est en anglais, c'est parce que je suis trop hype dans ma tête.

Dans de beaux draps

Alors que le monde retient son souffle en attendant un funeste Suisse-France, tentons, désespérément, de rapprocher les peuples. Car bien que voisines, France et Suisse ne se comprennent pas toujours, victimes qu’elles sont de l’incompréhension mutuelle.

C’est pourquoi j’ai décidé de vous expliquer l’une de nos coutumes locales traditionnelles, un élément indispensable pour bien saisir l’essence de la suissitude : la buanderie.

La buanderie et son fidèle corollaire : le jour de lessive.

Car voyez-vous, les caves des immeubles helvétiques sont généralement équipées d’une machine à laver destinée à laver le linge sale de toutes les familles, même les Gomez du 7e, qui sont un peu, comment dire, spéciaux. La buanderie, terreau de multiples interactions sociales, lieu où se nouent et se dénouent les passions, parce que le Schindelholz du 7b il a encore dépassé son tour, moi je m’en fous, la prochaine fois, je sors tout comme ça, sans le plier, je laisse tout goger, tant pis pour lui, il me connaît pas, je suis trop un fou, sérieux. La buanderie, lieu de tant d’échanges sociaux, bonjour, dites, la prochaine fois, vous pourriez nettoyer le tumbler ?

A cause de cette tradition, le Suisse est condamné au jour de lessive, le mardi, pourquoi diable ils m’ont collé le mardi ? alors que le petit à son entraînement de poney artistique, mais ça ils s’en foutent, ils peuvent pas comprendre, eux. Condamné à répondre non, désolé, je ne pourrais pas passer ce soir, j’ai jour de lessive, tu sais ce que c’est, oui, je comprends, c’est ton mariage mais jour de lessive, t’inquiète, je viendrai au prochain. Pire encore. A cause de cette tradition, le Suisse est condamné à cet acte désespéré, qu’il redoute parmi toute chose, ce geste d’une violence extrême, cette incroyable audace : aller sonner chez son voisin. Pour lui demander si ce serait pas possible d’échanger vu que là, mardi, on a prévu de repeindre le chat, si en échange on peut faire quelque chose pour vous… non pas sortir votre chien, il fait peur. Non, pas sortir vos gosses, non plus, ils mordent. Non… bon ok, du sel, on veut bien, mais vous nous lée rendez, déjà la dernière fois il en manquait seize grammes. Au fait, on a retrouvé cette culotte dans le tumbler, c’est à vous ? parce que c’est pas à nous. Sur moi, ça fait un peu vulgaire, à cause des dentelles.

Voilà sans doute, pourquoi, ce soir même, sur le coup des 21 heures, les Suisses vont tellement hésiter à mouiller le maillot.


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Pondu par raph le Friday 20 June 2014 oui je sais la date est en anglais, c'est parce que je suis trop hype dans ma tête.

Hugo boloss

Nul n’est à l’abri d’un bad buzz. Victor Hugo (l’écrivain, pas le footballeur) l’a appris à ses dépens hier. Son community manager n’a toujours pas réagi, preuve d’une incompréhension manifeste des moyens de communication moderne. La réaction outrée des réseaux sociaux était d’ailleurs pour le moins méritée, puisque sous des dehors moirés, le fameux poème qui a fait couler tant d’ancres est tout de même une incitation à peine voilée à aller se dévoiler dans des cimetières, elle est belle la France, bravo la politique laxiste de la gauche !!! et sous des verts coudriers, encore bien.

Mais qui, au juste, est ce Victor Hugo, dont on connaît surtout les deux célèbres comédies musicales, Les Misérables et Notre-Dame de Paris (Notre-Dame de Paris parle des touristes qui accroche des cadenas partout et Les Misérables est une publicité pour le journal Causette) ?

Victor Hugo est né en 1802, alors que ce siècle avait deux ans, enfin, pas celui-ci, un autre, à Besançon, ce qui peut arriver à des gens très bien. Dans la maison natale de Victor Hugo, précise Wikipedia. Au lieu d’embrasser la profession d’horloger ou de frontalier, il opte pour l’écriture.

Victor Hugo écrit neuf romans selon la police et plus de 14 250 selon les participants à des jeux de culture générale en ligne, notamment 93, un roman sur la vie dans la téci, écrit non pas en pull, comme on l’a longtemps cru à tort, mais à Jersey. On lui doit également de nombreuses pièces de théâtre, une floppée de poèmes qu’on a dû apprendre à l’école et dont on ne se rappelle que la première strophe à l’heure où blanchit la campagne, “l’art d’être grand-père”, un ouvrage de coaching sur l’art d’être grand-père, une morne plaine et le retour de Karen Cheryl à la télé au début des années 90.

Il est également le fondateur de l’ordre des gens qui ont deux prénoms, où l’ont depuis rejoint Jacques Martin, Claude François, Frédéric François, Jean-Pierre François et Ségolène Royal.

Puis il meurt et ses funérailles sont suivies par des millions de gens alors que la télé n’est même pas encore inventée, ce qui est pas mal pour un écrivain.


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Pondu par raph le Friday 20 June 2014 oui je sais la date est en anglais, c'est parce que je suis trop hype dans ma tête.

Coupés du monde

Je l’avoue sans jambages, le football est un sport que j’apprécie. Bien plus, par exemple, que le water-polo. Mais, parfois, alors qu’Inler vient de rater sa 58e passe consécutive, alors que la Roja l’est surtout de vergüenza, alors que dehors, l’été invite à la lascivité et à la plageation, il arrive parfois que l’on se demande, l’espace d’un instant : à quoi bon tout ça ?

Allons, ressaisissons-nous. La Coupe du monde de football a bien des utilités. Contrairement, par exemple, au couteau à pain, qui ne sert qu’à couper le pain.

Car le Mundial, comme on l’appelle parfois lorsqu’on est initié, peut servir à :

Réviser les noms des pays. On ne sait jamais, on n’est jamais à l’abri d’une finale régionale de Questions pour un champion ou d’une rencontre subite avec un Sphinx. Si, à brûle pourpoint, on vous demande : le Costa Rica est-il un pays, un bateau de plaisance ou une méthode de soin par les plantes ?, seul le football, ou cette pénible soirée diapositive, pourra vous permettre de répondre.

Trouver l’inspiration, grâce aux réseaux sociaux. Les hashtags tels que Gerpor, Anguru, Bramex ou Honecu feraient en effet d’excellents noms de médicaments.

Vérifier son klaxon, ce qui peut toujours être utile en temps de non-Coupe de Monde, par exemple pour effrayer un enfant.

Trouver l’inspiration, grâce aux réseaux sociaux. Quel plaisir d’être dans les 4700 premiers à s’exclamer Jean Neymar !! ou encore Jean Hulk !!

Assister à un spectacle plein de suspense, car qui aurait dit que la Suisse allait marquer à la 90e minute d’un pénible match contre l’Equateur ? Personne. Car personne n’avait lu le livre avant de voir le match : il était bien trop chiant.

Critiquer l’arbitre.

Avoir un sujet de conversation avec ses collègues (cf supra).

Rentabiliser
la redevance télé.

Perdre beaucoup d’argent sur les sites de pari en ligne.

Avoir un prétexte pour boire des bières.

Venir à bout de cette bizarrerie qu’on appelle le nationalisme, car vivement que la Suisse se fasse éliminer pour qu’on puisse enfin être pour les Pays-Bas, comme tout le monde.

Décider de plutôt lire un livre.


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Pondu par raph le Friday 20 June 2014 oui je sais la date est en anglais, c'est parce que je suis trop hype dans ma tête.

Comme une chanson populaire

Wurgol était désemparé. Depuis des mois, en effet, il filait le parfait amour avec Hunta, une jeune fille charmante, à l’intelligence fuselée et à l’humour byzantin. En sa présence, il se sentait heureux et léger comme une tourterelle qui s’envole à tire d’aile en emportant des noix et, par ailleurs, ils franchissaient bien plus que régulièrement des ponts entre nous et le ciel, et ce parfois dans des positions dont il n’avait jamais soupçonné l’existence jusque là.
Qu’allait-il devenir ?, se demandait-il. Comment pourrait-il endurer une telle situation ? Qui a le droit de faire ça ?

Cet amour naissant nuisait fortement à sa carrière de star de la chanson contemporaine. Alors qu’il ne savait faire que chanter pour quelqu’un qui s’en va. Qui s’en va.

Comme il avait lu sur Internet qu’il était important de tout partager dans un couple, il décida de partager ses préoccupations au sein de son couple. Bien mal lui en prit ! Car Hunta fit preuve d’une nature étonnamment peu compréhensive.

- Tu comprends, je suis si heureux avec toi que je ne peux pas composer de nouvelles chansons ! »
- Mais enfin, je ne comprends pas ! », répondit Hunta, qui ne comprenait pas.
- La chanson, qu’est-ce que c’est ? C’est avant tout de l’émotion. Et l’émotion, c’est les ruptures.
- Mais enfin, voyons, il y a bien d’autres émotions. Est-ce que, comme nombre de chanteurs populaires, Calogero et Stromae, et puis un autre aussi, je crois, tu as connu la douleur de perdre un parent ?
- Ma foi, oui.
- Super.
- C’était au rayon des merguez.
- Un rayon entier rien que pour les merguez ? Waouh.
- C’était rayon des merguez / tu étais fort comme la braise / moi je portais un fez / je t’ai perdu, aux merguez.
- Sympa, mais je crois que ça va fonctionner moyen à cause de la censure. On peut pas dire que c’était aux surgelés ?
- Le public, aujourd’hui, recherche avant tout de l’authenticité.
- Donc le fez, c’est exact ?
- Ben oui.
- Ça alors.

La carrière de Wurgol n’avait démarré que récemment. Jusque là, accompagné de son fidèle orgue Bontempi, il était animateur de mariages et d’autres soirées festives, même qu’une fois il avait participé à une croisière sur la Nive (il avait compris le Nil, mais bon, c’est déjà ça, quand même). Il chantait tous les grands classiques de la chanson française et, parfois, en fin de soirée, quand tout le monde était ivre, se laissait aller à interpréter l’une de ses propres compositions (dont “Octavie”, composée après la fameuse croisière sur la Nive, et son fameux refrain “C’est pas parce que t’as Alzheimer / qu’il faut t’en aller comme une fougère”)
Il avait à son répertoire neuf chansons, une par rupture et il jalousait secrètement la vie sentimentale de Cali et de Génération Goldman.
Mais un soir, alors qu’il animait la soirée annuelle de l’entreprise d’électricité Strom AG, il fut victime d’une terrible méprise : au lieu d’appuyer sur la touche “valse” de son Bontempi, il appuya par mégarde sur “tango”. Un producteur qui passait là par hasard car il avait besoin de courant, je suppose, je ne sais pas, arrêtez de m’interrompre, trouva ce décalage entre le côté chaloupé de la musique et l’aspect suicidaire des paroles de “Ermelinda”, (“Pourquoi tu es partie comme ça ? / C’est pas sympa de partir comme ça”) délicieusement décalé.

La suite, vous la connaissez, 92 semaines numéro 1 au top 50 et 38 au top 47.

Mais cela commençait à dater et le public à s’impatienter.

Or, Wurgol ne parvenait plus à écrire car il filait le parfait amour avec Hunta, c’était au premier paragraphe, essayez de suivre.

- Mais des émotions, y en a plein, des émotions. Des adieux à un ami, le soleil qui se lève, un chat qui fait du vélo, le temps jadis qui plus jamais ne sera, mon collègue du boulot qui a probablement mangé un renard, tout cela, ce sont des émotions !
- Jamais cela ne vaudra l’émotion d’un adieu déchirant quand dans l’amour tout s’effondre. Ouah, tu vois ? Trop puissante, cette phrase !
- Mais attends… ton truc avec les merguez, là… en fait tu t’es perdu dans un supermarché ?
- Ouais.
- Mais c’est pas une émotion, ça.
- Si, parce que j’avais 32 ans quand ça m’est arrivé, trop la honte.

Malgré ces incessantes discussions, rien n’y faisait : l’amour entre Hunta et Wurgol continuait d’être beau comme un loup, comme un soldat. Mais un jour, lassée de ces incessantes discussions, Hunta s’en alla.
- Oh, merci, on n’a jamais rien fait d’aussi beau pour moi, tu es le soleil de ma vie ! Tu es le crédit de mes envies !
- Oh, c’est très beau ce que tu dis. Aimons-nous vivants !
- Super, je vais t’aimer comme on ne t’a jamais aimée, tu vas voir !
- Même quand l’amour sera mort ?
- Même à l’usure, j’y crois encore et en coeur.

Mais à chaque fois, c’était pareil, toujours la même ritournelle.
Hunta s’en allait et revenait, et ça ne s’arrêtait pas de tourner et à la fin, Wurgol se mit à faire du bateau dans son quartier, un truc terrible.

- Oh, je sais ! Une émotion, c’est par exemple quand on a un marteau !
- Mon pauvre, tu sais vraiment plus quoi inventer. Je me barre. Il n’y a plus d’espoir. Nous, c’est comme une illusion qui meurt.
- Tiens, tu as oublié tes perles de pluie la dernière fois, après le chat les bouffe et y en a partout.
- Ah ben voilà, un chat mort, ça c’est émouvant.
- Ah oui.


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Pondu par raph le Tuesday 6 May 2014 oui je sais la date est en anglais, c'est parce que je suis trop hype dans ma tête.

Run to the hills

C’était un mardi. L’ascenseur était en retard, tu as décidé d’y aller par les escaliers. Quelle ne fut pas ta surprise, une demi-volée de marches plus bas, de retrouver tes poumons gisant sur le sol, implorant ta pitié, rassemblant leur maigre dernier souffle pour clamer “plus jamais ça”.

Tu t’es alors dit : “Faudrait peut-être que je me mette au sport”. Et tu as choisi la course à pied. Tu en avais déjà fait, dans le temps, le jour où tu avais failli rater le bus et où tu l’avais finalement raté. Et puis c’est très à la mode, mais bon, ça, c’est pas de ta faute.

Tu t’es dit : la course à pied, c’est facile. Il suffit de déplacer ses pieds d’avant en arrière de manière cyclique et, si possible, rapide. C’est bien plus simple que le plongeon synchronisé ou que le surf des neiges. Première erreur.

Tu as aussi pensé : et puis c’est pas très cher. Des chaussures, un slip et vogue la galère. Deuxième erreur.

Jeune naïf. Tu as confondu le noble art de la course à pied avec le jogging du dimanche.

Tu es parti dans la forêt, les oiseaux gazouillaient, les rivières frétillaient, les chiens batifolaient, les jeunes se droguaient, c’est le problème des forêts urbaines. Alors que ton coeur battait la chamade et tes pieds la campagne, tu t’es dit que ce ne serait pas si facile que ça. De sa douce voix mélancolique, l’application que tu venais de télécharger afin de t’accompagner dans tes vélléités kenenisabekeleïennes annonça sans l’ombre d’un trémolo, “Time : 5 minutes. Distance : 5 meters. I call the ambulance.”

Comme tu es un garçon méthodique, tu t’es dit : de la méthode, de la méthode. De retour dans le confort de ton canapé, tu as enfourché ton navigateur internet et tu as googlé “astuces running” (car on ne dit plus course à pied mais running, de même qu’on ne dit plus auto-portrait mais selfie, mais avant de faire des selfies de ton running, attends d’arriver vivant au coin de l’immeuble, veux-tu?). Et là, drame, catastrophe, patatras: en réalité, c’est hyper compliqué. Il faut faire des fractionnés, des cotes, dire des choses comme j’étais à peine à 83% de mon cardio. Ca avait l’air tellement scientifique que même le curling t’apparaissait soudain moins nébuleux.

Il te fallait des chaussures adaptées à la courbure de ton pied, des chaussettes adaptées à la courbure de tes chaussures, un porte-téléphone-portable adapté à ton téléphone portable et comme, jeune rebelle, tu en possède un qui ne prend pas de i devant, tu as dû faire fabriquer l’objet sur mesure par des enfants aveugles, une casquette aérodynamique, des boissons isotoniques et une compilation de chants de l’armée rouge soigneusement étudiée pour épouser au mieux ta progression rythmique.

Une fois équipé, tu étais plus pauvre que si tu avais opté pour la voile, le golf ou le cheval. Mais tu pouvais enfin te remettre à galoper, libre et flamboyant, au milieu des oiseaux, des ruisseaux, des chiens et des jeunes.

Tu n’avais jamais réalisé à quel point, quand ils construisent les villes, il ne réfléchissent pas au côté plat du truc. Ca monte, ça descend, ça remonte, franchement, c’est n’importe quoi.
Alors tu as pris ton courage à deux mains et ta voiture à propulsion mécanique pour aller au bord du lac. Comme exactement 17 932 autres coureurs, car le temps était maussade ce jour-là. Très bien ! Tu en as profité pour observer attentivement les autres athlètes dominicaux.
Il en existe plusieurs types : les vrais sportifs, que l’on reconnaît à leur foulée altière et régulière, les gens à qui leur médecin a ordonné de faire du sport dans les cinq minutes, que l’on reconnaît à leurs exhalations rauques et au regard désespéré qu’ils jettent à l’horizon, les Parisiens, que l’on reconnaît à leur équipement dernier cri, cuissettes hypothermiques et slip fuselé en titane, et au fait qu’ils pratiquent le running en petites grappes de 5000 sous les yeux étonnés de touristes étonnés.
Tu as attrapé au vol la foulée d’un membre éminent de la deuxième catégorie et tu t’es senti poussé des ailes quand tu l’as irrémédiablement lâché dans la première difficulté du jour, tel un Cancellara des grands jours, mais en plus modeste.
Tu as poursuivi ta folle chevauchée des sentiers de la gloire oh tiens un coin à ail des ours si je m’arrêtais un moment pour en ramasser un peu.

Puis il a plu sur cette plage et ton doux visage a disparu. Tu as fait une petite pause dans ton entraînement, à peine une semaine – huit mois. Quand tu as voulu t’y remettre, tout était à refaire. Je te propose donc de relire ce billet depuis le début pendant que je vais me faire un café.

Rusé, tu t’es dit, cette fois, je n’abandonnerai pas dès les premier frimas comme ces onze dernières années, et puis l’hiver a été doux alors ça va : tu t’es inscrit à une course. Une vraie, avec des podiums, mais ne t’inquiète pas, tu ne les verras que de loin, des dossards et un ravitaillement à mi-chemin, qui s’avèrera décevant, ni entrecôte, ni champagne millésimé, à peine un verre d’eau.

Tu t’es entraîné dur avec un objectif précis : ne pas finir dernier. Tu as observé attentivement les résultats des huit dernières années et tu t’es dit que cet exploit historique serait possible, à condition de te munir de petits clous rouillés à glisser dans les chaussures de tes contradicteurs. Puis, de fil en aiguille, ce fut le jour J. Tu es arrivé en avance sur le lieu de ton forfait, tu as eu le temps de t’échauffer et, surtout, de copieusment t’ennuyer. Puis ce fut le coup de feu signalant le départ, et tu pris tes jambes à ton cou, virevoltant comme un cabri malicieux dans le peloton effréné.
Très vite, tu trouvas ta juste place, loin derrière les Kenyans égarés et les vrais sportifs, loin derrière les gens venus là pour se dégourdir les jambes avant leurs seize marathons de la semaine prochaine, loin derrière pas mal de monde, mais tout de même pas derrière tout le monde, tu devançais fièrement de nombreux sportifs et tu feignis de ne pas voir que la plupart couraient dans la catégorie plus de 110 ans amputés des deux jambes et + de 7 paquets / jour.
Tu jouais des coudes pour te faufiler dans cette masse suante, tu remontais allègrement de la 913 à la 828e place, quand soudain, un panneau “1km”, ça alors, le temps passe vite, plus que 14, plus que cette montée qui se profile au loin, et les huit suivantes, putain, qu’est-ce que je fous là ?

Puis, perclus de crampes, un peu vexé d’avoir terminé 107 rangs plus loin que le dernier classé, tu t’es surpris à dire : bon, c’est quand, la prochaine ?

Et c’est pour ça que je voulais te prévenir : fais bien attention, petit, le sport, ils y mettent plein de saloperies pour que ça rende accro, et en plus c’est dangereux pour la santé, alors fais bien attention, c’était un message de prévention de l’association pour la prévention contre le sport.


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Pondu par raph le Tuesday 22 April 2014 oui je sais la date est en anglais, c'est parce que je suis trop hype dans ma tête.
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