Bon pour ton poil - Der Blog, der lolt

Croire

- Je sais ! J’ai trouvé ! Yves Duteil, m’exclamai-je avec excitation.
– Hrm, répondit Gunda, ma community manager imaginaire, avec flegme.
– C’est un chanteur mort, les gens l’aiment bien, la profession va probablement lui rendre hommage prochainement, ce n’est qu’une question de secondes. Quand elle le fera, je pourrai m’exclamer VOUS L’AVEZ LU ICI EN PREMIER, et tout le monde dansera la ronde de l’amitié, poursuivis-je avec parcimonie.
– Vas-y, fais-ce que tu veux, moi je m’en fous, sourit Gunda, avec saucisson à l’ail.
– Ma chanson préférée d’Yves Duteil : Antisocial, asséné-je avec lien YouTube.
– Hein ? Oh et puis après tout, fais ce que tu veux, moi je m’en fous, tintinnabula Gunda avec le temps va tout s’en va.

**

Tu bosses toute ta vie pour payer ta pierre tombale,

Oui, mais c’est parce que j’en voudrais une vachement bien, avec des genre de statues et des trucs qui clignotent, enfin, un truc un peu prestigieux, au cas où je deviendrais hyper connu après ma mort comme Van Gogh et l’autre. Mais du coup, comme je bosse, je n’ai pas le temps de me consacrer à la peinture et au désoreillage, alors je ne vois pas trop pour quoi je deviendrai hyper connu, peut-être pour une recette de pâtes ?, je ne sais pas.

Tu masques ton visage en lisant ton journal,

J’étais en train de lire les cours de la bourse, à cause de cette histoire de richesse, je voudrais pas trop que ça s’ébruite.

Tu marches tel un robot dans les couloirs du metro,

Oui ben je voudrais t’y voir, aussi, le visage masqué, en train de lire le journal, dans le métro, c’est pas comme ça qu’on a une démarche chaloupée non plus.
En plus, je me disais, faire le robot dans les couloirs du métro, ce serait pas un super moyen d’arrondir mes fins de pierre tombale ?
Je vais y penser.

Les gens ne te touchent pas faut faire le premier pas,

Dans le métro, masqué, je lis le journal et je fais le con avec ma démarche de robot et personne ne me touche ?
On parle bien du métro, le moyen de transport, pas du Métro, le bar à Moudon ?

Tu voudrais dialoguer sans renvoyer la balle,

Oui, tant qu’à faire. J’ai jamais été très doué pour les jeu de raquettes, alors si on pouvait causer autour d’une bière plutôt que d’une table de ping-pong…

Impossible d’avancer sans ton gilet pare-balle.

Bravo pour cette rime, il fallait la trouver !
Mais je digresse.
Oui, donc je suis mauvais au ping-pong, mais pas à ce point, non plus.

Tu voudrais donner des yeux a la justice
Impossible de violer cette femme pleine de vices.

Ah ben oui, vas-y, maintenant, pour dire un truc drôle et pertinent alors que tu parles de viol, “c’est pas ma faute, monsieur le juge, elle avait des yeux, elle l’a quand même bien cherché !”. C’est malin.

Antisocial, tu perds ton sang froid.

Non, je suis parfaitement calme, c’est juste que c’est difficile d’enchaîner.

Repense a toutes ces annees de service.

Ah oui, un bon souvenir d’armée, ça détend toujours l’atmosphère, pas bête !

Antisocial, bientôt des annees de sévices,

Oui, c’est vrai, ce sont pas des souvenirs, parlons d’autre chose.

Enfin le temps perdu qu’on ne rattrape plus.

C’est bien vrai, le temps file, ma bonne dame. Mais c’est pas une raison pour faire des phrases où il manque des.

Ecraser des gens est devenu ton passe-temps.

Oui, mais bon, je fais pas mal de kilomètres, parce que j’en avais marre du métro. Alors au bout d’un moment, ça détend. Et puis je crois que s’ils n’ont pas d’yeux, ça compte pas.

En les éclaboussant, tu deviens gênant.

Ah, non ! Ecraser les gens bon, ok, de temps en temps, pour déconner, je veux bien. Mais les asperger, non. Un peu de respect.

Dans ton désespoir, il reste un peu d’espoir

Pardon, je sais bien que le temps perdu qu’on ne rattrape plus, mais tu serais pas en train de bâcler un peu tes paroles, là ?

Celui de voir les gens sans fard et moins batards.

Ah, oui, d’accord, j’avais compris phares ! Je trouvais ça logique.

Mais cesse de faire le point, serre plutot les poings,

Héhé pas mal la blague ! Elle tombe… à point !

Bouge de ta retraite, ta conduite est trop parfaite

Je te rappelle que j’écrase des gens. En les éclaboussant, en plus. Sans phares. Pardon, mais s’il y avait un permis à point pour les couloirs du métro, je n’aurais déjà plus de points.

Relève la gueule, je suis là, t’es pas seul

Ah oui tiens, salut, je t’avais pas vu ! Ca va ?

Ceux qui hier t’enviaient, aujourd’hui te jugeraient.

Bah, tu m’étonnes, je suis là à errer dans le métro et à faire n’importe quoi, les gens ne comprennent pas ça.

Antisocial, tu perds ton sang froid.
Repense a toutes ces annees de service.
Antisocial, bientot des annees de sevices,
Enfin le temps perdu qu’on ne rattrape plus. Qu’on ne ratrappe plus.
Tu bosses toute ta vie pour payer ta pierre tombale,
Tu masques ton visage en lisant ton journal,
Tu marches tel un robot dans les couloirs du metro,
Les gens ne te touchent pas,
Tu voudrais dialoguer sans renvoyer la balle,
Impossible d’avancer sans ton gilet pare-balle.
Tu voudrais donner des yeux a la justice
Impossible de violer cette femme pleine de vices.
Antisocial, tu perds ton sang froid.
Repense a toutes ces annees de service.
Antisocial, bientot des annees de sevices,
Enfin le temps perdu qu’on ne rattrape plus,
qu’on ne rattrape plus, qu’on ne rattrape plus, qu’on ne rattrape plus.

Non mais ok, ça m’agace un peu, ils pourraient faire un effort, quand même.

Antisocial, antisocial, antisocial, antisocial, antisocial, antisocial, antisocial, antisocial, antisocial, antisocial, antisocial, antisocial!!!

Tu te répètes pas un peu, quand même ?
Non mais ok, tu vas me dire que je suis un peu normalisant mais quand même, tu te répètes pas un peu ? Tu te répètes pas un peu ? Tu te répètes pas un peu ?
Ah ben tu vois, toi aussi, au bout d’un moment, tu perds ton sang froid.

Au final, c’est une très belle chanson, porteuse d’espoir, l’espoir de ne pas avoir de désespoir : il paraîtrait qu’à certaines heures, il y a suffisamment de place dans le métro pour faire le robot avec un masque en journal.


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Pondu par raph le Wednesday 22 April 2015 oui je sais la date est en anglais, c'est parce que je suis trop hype dans ma tête.

Les neiges du Kilimandjaro

- Salut, c’est Gunda, ta community manager imaginaire !
– Tiens, mais je te croyais décédée ?
– Non. Bon, dis, tu sais, là, ton truc avec les paroles de chansons ?
– Ah ouais, ouais.
– C’était nul.
– Sympa l’ambiance.
– Mais bon, les gens aimaient ça, enfin, certains. Je me disais que tu devrais t’y remettre.
– Ouais mais moi, la musique de jeunes, j’y connais rien. A part Sofiane Stiven, j’adore, son projet de faire un album par état des Etats-Unis, surtout Pizza Hawaï et son album de reprises de classiques nord africains en ska, Allah Ska, et aussi Pizza Oregon et…
– Chut.
– Sinon, l’autre jour, pour savoir un peu ce qui était à la mode, je suis allé dans un magasin de CDs et…
– #facepalm
– Plaît-il ? C’était pas une série dans les années 80, ça ?
– Hein ? Non, je disais que plus personne n’avait mis les pieds dans un magasin de CDs depuis au moins huit ans.
– Ah ? Bon, en tout cas, j’ai vu un peu les dernières sorties. La bande à Renaud, Joyeux anniversaire m’sieur Dutronc, Aznvour sa jeunesse, Ferrat airs de liberté. Je crois que les jeunes écoutent des reprises de chanteurs morts par Zaz et Louane. Du coup, je me suis dit qu’il fallait devancer la mode plutôt que la suivre.
– Je crains le pire.
– Je me suis dit que j’allais anticiper les prochaines sorties, Buddy Holly chante Richard Anthony, souviens-toi Barbara, Johnny dans l’idée, Quand Lama fâché, les choses à Clerc, les brêles chantent Brel…
– Ah tiens, non, je ne craignais pas le pire.
– Au bistro d’Obispo, Barbelivien nous barbe…
– Puisque c’est comme ça, je m’en vais faire community manager imaginaire d’un blog féministe vegan.
– Polnareff, tu l’aimes ou Cétélem. Oasis chante Carlos.
– D’accord, mais qu’est-ce que tu vas nous chanter ?
– Capri, c’est fini.
– Mais enfin, Hervé Vilard n’est pas mort.
– Alors c’est une très belle chanson, porteuse d’espoir, qui parle de quelqu’un qui va finalement aller en vacances ailleurs parce qu’il n’a rien trouvé de bien sur AirBnB. Mais qui dramatise un peu.


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Pondu par raph le Monday 20 April 2015 oui je sais la date est en anglais, c'est parce que je suis trop hype dans ma tête.

Dors mon fils

Tu viens de te porter acquéreur d’un charmant nouveau-né. Depuis, le bonheur inonde ton c½ur comme un frais torrent au petit matin.

La première fois que tu as pris ce petit être fragile et désemparé dans tes bras et qu’en quelques secondes à peine, ses pleurs ont cessé, tu t’es senti aussitôt envahi d’une infinie émotion. C’était il y a quelques semaines à peine. C’était il y a 6700 kilomètres environ.

Car ce petit être fragile et désemparé ne cesse de pleurer que si tu le prends dans tes bras et que tu fais les cent pas dans le couloir avec lui. A chaque fois se mêlent la fierté de savoir le rassurer, la tendresse, le bonheur. Mais surtout l’ennui. Quarante aller retour au milieu de la nuit dans un appartement, certes décoré avec style et chamarrage, mais enfin, ça reste un peu toujours le même, à force, ça saoule. L’ennui, donc, et les ampoules, aussi.

Comment utiliser intelligemment ce temps mis à ta disposition, en général entre 3 heures 30 et 5 heures 20 du matin ?

– Les cent pas dans l’appartement, ce n’est pas vraiment du sport. Mais installe un parcours d’obstacles et très vite, ce petit rituel remplacera avantageusement l’abonnement au fitness où tu n’as plus mis les pieds depuis six mois, ce qui est tout à ton honneur. Bientôt, tout le monde se pâmera sur ton corps d’athlète, ce n’est pas parce que la gaudriole, c’est fini pour au moins quinze ans qu’il faut se laisser aller.

– Equipe-toi d’un compte-pas. Calcule la distance parcourue. Détermine où tu serais si, au lieu d’allers et retours, tu t’étais contenté d’allers. Puis, à l’aide d’un internet portatif, plonge toi dans des photos de cet endroit. Quel beau voyage !

– Tu peux également prendre de l’avance sur ton ménage : à chaque aller, tu fais un bout de vitre, à chaque retour, un peu de rangement et que de temps gagné pour demain, avec un peu de chance tu pourras même inscrire une sieste de sept minutes au programme. Deux serpillères habilement glissées sous tes pieds, une éponge sur la mignonne petite tête de bébé et tout cela n’en sera que plus ludique.

– Connais-tu l’expression “C’est une histoire à dormir debout !!!” ? C’est l’occasion de vérifier si on peut.

– C’est le moment ou jamais d’apprendre les claquettes !

– En revanche, il faudra peut-être abandonner cette idée d’essayer de marcher sur les mains pour changer un peu.

– Pourquoi ne pas équiper ton enfant d’un petit enregistreur, ce qui te permettra ensuite de retranscrire au calme les douces berceuses que tu improvises pour lui, les charmantes histoires que tu inventes nuit après nuit. Qui sait, parmi les prochains grands succès en librairie, on pourrait retrouver Eduardo le renardeau qui ne voulait pas faire dodo, Roro le lapereau qui va réveiller tout l’immeuble, Alfonso le souriceau qui a avalé du sédatif par erreur, Pascal le chacal abandonné par ses parents dans la forêt.

– Et tant qu’on y est, pourquoi ne pas profiter de l’aubaine pour devenir le génial inventeur du bonnet pour bébés à écran tactile ? Ensuite, tu pourras, tout en caressant délicatement la douce chevelure naissante de ce charmant enfant, enfin passer le niveau 648 de Candy Crush.

– Et carrément, le premier réseau social pour jeunes papas, où vous pourrez discuter et échanger.
Echanger de l’expérience, donc. Des bébés, c’est interdit.

– Interdit, donc sûrement lucratif. Y as-tu songé ?


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Pondu par raph le Wednesday 8 April 2015 oui je sais la date est en anglais, c'est parce que je suis trop hype dans ma tête.

Imagine tous les gens

Aujourd’hui, posons-nous cette question bien légitime, surtout en cette saison :

Faut-il avoir de l’imagination ?

Comme ça, à brûle pourpoint, vous allez me répondre “ben ouais, carrément, c’est trop bien l’imagination, par exemple… bon là j’ai pas d’exemple qui me vient en tête, mais, bon, je sais pas, par exemple… il y a un type, il te demande, bon, et là… enfin, bon, ouais, c’est super, l’imagination.”

C’est une réponse un peu facile.

L’imagination est en effet quelque chose de complètement surestimé, au même titre que la folk ou le Nutella (mais pour des raisons différentes). Grâce, probablement, à un excellent Community Manager, l’imagination a très bonne presse, alors qu’elle n’est pas toujours bonne conseillère.

Prenez, par exemple, ce charbonnier italien du XIXe siècle. Lui et ses collègues de charbonnage ont faim. Mais ils sont bien embêtés : ils ne possèdent ni lardons, ni crème fraîche, ni ail. Même pas de minuteur pour vérifier le temps de cuisson des pâtes. Juste un oeuf, un peu de pancetta et du pecorino. Soudain pris d’une impulsion subite, il s’exclame : oh tiens, si je mélange ça comme ça et après comme ça, ça donne un truc pas dégueu, je vais appeler ça pasta alla carbonara en hommage à Claude Chabrol. Alors d’accord, il a fait preuve d’imagination. Mais est-ce vraiment grâce à lui qu’aujourd’hui tu peux te repaître de ce succulent plat roboratif, ou est-ce plutôt grâce aux générations qui, depuis, te surveillent du coin de l’oeil, prêts à s’exclamer : “Han, c’est pas le bon fromage ! C’est pas le bon fromage ! Sérieux, mec, je te dénonce, tu vas faire quoi ?, j’appelle la pasta police de ce pas, on va te retirer ton permis de spaghetti illico presto, sérieux” ?

Alors vous me direz ouais mais bon mais ok, mais quand même, mais l’art, la littérature, le cinéma, la sculpture sur bois, la religion, il faut de l’imagination pour inventer toutes ces merveilles qui nous émerveillent. Mais pour un auteur qui révolutionne le genre – et meurt seul dans son bain en mangeant des raviolis, combien de groupes de rock qui décident de se lancer dans une fanfic de Led Zep, mais en remplaçant les synthés par du didgeridoo, les enfants ont adoré, et connaissent succès, prospérité et inrockuptibles ?

Une seule personne suffit pour dire “En fait, tout ça a été créé par un chien qui rêve” ou “Le monde est porté par quatre éléphants posés sur le dos d’une tortue”, mais ça ne sert à rien si, derrière, il n’y en a pas quelques millions pour dire “wowowo, tu as dit cinq éléphants ? cinq ? non mais ok, je suis pour la liberté d’expression et tout, mais on va être obligé de te trancher le cou, là, sinon c’est la porte ouverte”.

Et pour qu’un type qui se dit “non en fait la barbe et les lunettes, ça pique, je vais plutôt porter un caraco fuchsia et un suivez-moi-jeune-homme en fourrure” passe de dangereux asocial à génial précurseur, cela ne dépend pas de son imagination, mais de celle de tous ceux qui auront ensuite l’idée de faire exactement comme lui.

Pensez à tous ces gens, qui rêvent de lendemains meilleurs, qui rêvent d’un monde où nous serions tous frères, main dans la main, unis et fiers, heureux et libres. Et pensez maintenant à tous ceux qui disent “bah, ça a toujours été comme ça, alors bon, je vois pas pourquoi ça changerait”. Lesquels feront la gueule, demain matin, en voyant que nous ne sommes pas tous frères, ça a bien failli, mais ça a dégénéré en baston général à cause d’un hérétique qui mettait du chorizo et des supions dans sa carbo ?

Et là, vous me voyez venir. “Il va ENCORE nous faire le coup du billet sans chute, je parie, il va dire un truc du genre il faut de l’imagination pour une bonne chute”. Et c’est précisément là que je voulais en venir, alors c’est bien la preuve.


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Pondu par raph le Thursday 12 March 2015 oui je sais la date est en anglais, c'est parce que je suis trop hype dans ma tête.

Jambon

La semaine dernière, tout le monde parlait de “50 Shades of Grey”, le film adapté du roman “50 Shades of Grey”. Et tu étais bien embêté, puisque tu n’as ni lu l’un, ni vu l’autre. Tu sais tout au plus que c’était, à la base, une fanfiction basée sur les personnages de Twilight et que ça évoque les pratiques sado-masochistes. Mais là encore, ces sujets sont hors de ta juridiction : le dernier roman avec des vampires que tu aies lu, c’était Le Petit Vampire, avec Rüdiger, Anton et Johann Sfar. Quant au reste, il y avait bien cette fille qui te donnait des coups mais soyons francs, il s’agissait bien plus de maladresse que de sm.

Ainsi, lorsque ce sujet était évoqué autour de toi, au lieu de prendre position avec ta verve caractéristique, tu préférais détourner la conversation vers des terres plus connues, comme par exemple cette fascinante étude scientifique sur les vampires.

Mais tout a changé ce matin : c’est des Oscars que parlent tes collègues. Ils trouvent ça quand même étrange que Birdman ait raflé autant de récompenses alors que Foxcatcher n’était même pas nominé. Toi, tu ne les as pas vu, tu as préféré l’excellent Inbetweeners 2, mais tu trouves quand même que les renards sont plus malins que les oiseaux, sinon ce sont les oiseaux qui mangeraient des renards, alors tout ça, ça doit être un peu politique. Mais comme tu ne sais pas trop de quoi parlent ces films, tu n’oses pas trop t’avancer. Tu trouves juste un peu étonnant que Boyhood ait été nominé alors que c’est un film de 1991, mais comme tu aimes bien Cuba Gooding Jr, surtout dans la série avec Michael J. Fox, tu es bien content.

Et c’est ainsi que tu en es venu à te poser cette question, ma foi bien légitime :

Faut-il parler de ce qu’on ne connaît pas ?

Un sujet que je maîtrise drôlement bien : la preuve, je suis journaliste.

Parce que bon, encore, le cinéma, c’est tout du cinéma. Mais il y a bien d’autres sujets. L’Ukraine, par exemple. Moi ça va : j’avais eu une bonne note sur la guerre de Crimée. En plus, j’ai lu plusieurs Kourkov. Et j’ai écouté plusieurs morceaux des Slaves sur youtube. Je connais donc bien le sujet. Je connais même quelqu’un qui habite pas trop loin du métro Sébastopol, c’est dire. Mais toi ? Toi qui n’as même pas assisté au match AC Bellinzone – Dnipro Dnipropetovsk lors de la coupe UEFA 2008/09 ? Toi qui crois que le Dombass est un genre musical des années 90 un peu pénible ? Comment vas-tu faire quand ton voisin, celui du bas, te dira “Ca présage rien de bon, cette histoire de Mario Pôle, je crois bien que c’est la guerre mondiale !” ?

Car la liste est longue des sujets que l’on se doit de connaître afin de pouvoir tenir une conversation : le conflit au Moyen-Orient, la biologie, la spatialologie, les programmes télé de la veille, le football, la vulcanisation, les ratons-laveurs, le pluriel des noms composés,…

La solution, bien sûr, c’est de parler des sujets que tu connais. Inspirez-vous de ces gens qui, par modestie, pour ne pas se lancer dans des sujets qu’ils ne maîtrisent que peu, parlent d’eux en permanence. Un sujet que, normalement, vous devriez connaître, car comme le disait souvent Socrate en finale de la coupe du monde 54, “connais-toi toi-même”.
Ou tentez d’évoquer des sujets que tout le monde connaît : la situation météorologique actuelle, les choses qui étaient mieux avant, les différences principales entre un castor et un accordéon. Vous contribuerez ainsi à rendre le monde meilleur.


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Pondu par raph le Monday 23 February 2015 oui je sais la date est en anglais, c'est parce que je suis trop hype dans ma tête.

Götterdämmerung

Jadis, longtemps avant l’invention de wikipédia, l’humanité tentait de comprendre les mystères qui l’entouraient. Mais c’était un peu compliqué. Et souvent effrayant. Mais il fallait bien que les aînés rassurent les plus jeunes, quand ils en causaient, le soir au coin du feu dont ils avaient moins peur depuis qu’ils l’avaient inventé.

Alors ils inventaient de belles histoires. Ils leur racontaient les histoires des dieux anciens qui avaient créé la terre et le ciel, la terre et les mammouths laineux, avant de partir prendre l’apéro. “Et quand ils abusent du jus de fruits fermenté, ça fait des éclairs”, disaient-ils. Puis les plus jeunes, parfois, devenaient à leurs tours des aînés. Ils rajoutaient un ou deux chapitres à la légende, en enlevaient d’autres, modifiaient ça et là certains passages.

Puis un jour, un dénommé UhhhhhhGruhhhhr revint d’une chasse à la belette ensanglanté mais exalté.
– Dites, vous avez bien dit que c’était Agrhaahrk qui avait créé la terre, le ciel, et que les éclairs c’était un truc qu’elle faisait pour retrouver les clés de sa grotte quand elle rentrait tard le soir ?
– Euh, oui, c’est ça.
– Jamais bien compris cette histoire. Mais bon. La grotte d’à côté, ils disent que c’est Uglhor et que les éclairs sont la manifestation de sa colère.
– Oui, bon. Il y a peut-être des interprétions différentes.
– Ah non, c’était déjà assez compliqué comme ça. Du coup, on leur a dit qu’ils se trompaient, on les a massacrés et une chose en entraînant une autre, on a ramené toutes leurs provisions.
– Une demi-belette ?
– Ils étaient pauvres, preuve que leur Uglhor ne doit pas les aimer tant que ça.
– Oui, bon. Pas sûre sûre que ce soit ça que veuille Agrhaahrk.
– Mais si. Il n’y a pas eu d’éclairs depuis, c’est bien la preuve.
– Mouais mais non. Franchement, je crois pas.
– Ils ont une super grande grotte, douze pièces, lagon, gibier à profusion.
– Douze ? C’est vrai qu’on songeait à agrandir…
– Sinon, on a repéré des adorateurs de Grouhr, pas loin.
– Lagon, gibier ?
– A foison.
– Sus à l’hérétique.

Fort heureusement, depuis, on comprend (plus ou moins) comment sont faits les éclairs et qui accroche les étoiles dans le ciel. Et ce genre de choses n’arrivent plus.


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Pondu par raph le Thursday 8 January 2015 oui je sais la date est en anglais, c'est parce que je suis trop hype dans ma tête.

Le courrier picard du c½ur international

« C’est pas facile » est une sorte de courrier du c½ur moderne, dans lequel vous posez des questions et où un chroniqueur vous répond. Ce chroniqueur, c’est moi, tu croyais pas que bptp avait le moyen de grassement payer des pigistes ? Je ne suis ni médecin, ni proctologue, ni trapéziste, j’avais simplement envie de vous raconter n’importe quoi.
Si vous voulez m’envoyer vos histoires, n’hésitez pas à m’écrire à courrierduceur@bonpourtonpoil.ch

Mon époux et moi-même nous connaissons depuis maintenant huit ans. Tout se passe à merveille : il est attentionné, tendre et réussit à merveille la quiche aux lardons. Toutefois, quelque chose me chiffonne. En effet, il est adepte d’une sexualité pour le moins dépravée. Il refuse systématiquement que nous convions des amis, ne se sert pas d’accessoires et ne m’insulte jamais durant nos ébats. Je ne sais que penser. Comment cela se peut-il. Peut-être ne m’aime-t-il plus ? Peut-être est-il membre d’une secte ? Peut-être est-il vieux ? Que faire ? Je ne sais pas.
Anonyme, Bougoin-Jallieu.

Chère Anonyme,
Je lis dans vos écrits une grande souffrance, que je comprends mieux que je l’ai moi-même vécue. La situation était certes un peu différente : j’étais en vacances en Espagne, j’ai commandé du poulpe et on m’a amené de la seiche, alors que tout le monde sait que je déteste ça. Plusieurs années de thérapie m’ont permis de me sortir de ce pas difficile.
Cependant, votre situation me semble bien insoluble. Vous dites attentionné et tendre, mais pourtant, cet homme est extrêmement égoïste. Je ne vois qu’une solution : quittez-le, mettez le feu à sa penderie, changez d’avis puis requittez-le (pour déconner), car de tels comportements ne sauraient.
Par ailleurs, pourriez-vous être plus précise quant à la recette de la quiche ?

Je suis épris d’une jeune demoiselle. Hélas, nos parents se détestent, à cause d’une sombre histoire de haine. Que faire ? Je ne sais pas.
Roméo C., Vérone

Cher Roméo,
Je comprends d’autant mieux votre situation que je l’ai moi-même vécue : je voulais un vélo rouge et mes parents ont préféré m’offrir un trampoline. Quelle déception n’ai-je alors pas ressentie. Votre récit me rappelle un peu un film que j’avais alors vu, seul avec mon désespoir : il s’agissait de la Guerre des Etoiles, dans lequel on trouve également des membres de plusieurs familles différentes et des parents au comportement inadéquat. Je peux donc vous donner cet excellent conseil : c’est en vous que vous devez trouver les réponses, car le bonheur se cache bien souvent à l’intérieur de nous.

J’ai un souci. Mes gardénias refusent de fleurir. Or, je les arrose avec conviction et douceur, comme indiqué sur la notice d’emballage. Je ne comprends pas. Je suis à bout. Je songe même à faire une bêtise. Je n’en peux plus. Que faire ? Je ne sais pas.
Fulgencio, Douai

Cher Fulgencio,
Permettez-moi de vous retourner la question. Au fond, si ces gardénias meurent, n’est-ce pas le signe qu’au fond de vous, vous ne les aimez plus ? Et si vous ne les aimez plus, n’est-ce pas le signe qu’au fond, vous ne vous aimez plus vous-même ? Je comprends d’autant mieux votre situation que je l’ai moi-même vécue. Je cuisinais une quiche aux lardons et j’ai oublié de mettre la crème. Je m’en suis voulu pendant plusieurs minutes. Mais après tout, la vie continue. Essayez d’en prendre de la graine !

Je me demandais, pourquoi les gens qui s’aiment sont-ils toujours un peu les mêmes ? Non, parce que moi, je voudrais être un homme heureux, c’est pour ça.
William S., Genève

Cher William,
Je comprends très très bien votre problème. Je l’ai moi-même vécu, c’est dire ! Je m’en rappelle comme si c’était hier. J’ai des amis, quand je dis amis, en fait, je les connais un peu mais pas très bien, mais je ne suis pas là pour parler de moi, qui sont jumeaux, et figurez-vous qu’ils sont en couple avec des jumelles, alors des fois on les confond. C’est fou. J’en ris encore. Pour répondre à votre question, j’aimerais vous dire ceci : le bonheur est dans le c½ur de celui qui veut le voir. Ne cours pas à sa porte ! car l’hiver est à la fenêtre.

Mon épouse est décédée il y a huit ans des suites d’une longue maladie. Depuis, je suis prostré chez moi. Récemment, un ami m’a dit “écoute, Henri, il faudrait que tu voies du monde, tu sais, que tu fasses des rencontres, tu sais, peut-être même que tu vois ce que je veux dire, hein ? haha, sacré Henri.” Je n’ai pas compris ce qu’il voulait dire, d’autant plus que je ne m’appelle pas Henri, mais je crois qu’il a raison : il est temps pour moi de me remettre en selle, comme aiment à le dire les cavaliers. Cependant, je ne sais comment m’y prendre. On ne danse plus de slows dans les boîtes de nuit, et mon Minitel refuse obstinément de s’allumer. Que faire ? Je ne sais pas.
Henri, Budapest

Cher Henri,
Votre question est mal posée. Vous dites mon épouse, comme s’il devait aller de soi que de nos jours, une relation soit forcément hétérosexuée. Et les droits des minorités, qu’en faites vous ? Rarement, je n’ai lu autant d’égocentrisme que dans votre question. Je ne vous félicite pas. Franchement. Dans quel monde on vit. Des choses pareilles. Et pourtant, croyez-moi, j’ai d’autant plus de compréhension pour votre situation que je l’ai moi-même vécue. A peu de choses près. Mon épouse n’était pas décédée, mais sortie acheter du pain, et ce n’était pas mon épouse, mais une vague connaissance, mais je sentais que quelque chose nous rapprochait irrémédiablement. Comme je suis bon prince, je vais répondre à votre question, mais c’est bien la dernière fois : Caramail, c’est pas mal, pour rencontrer.


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Pondu par raph le Monday 5 January 2015 oui je sais la date est en anglais, c'est parce que je suis trop hype dans ma tête.

Il ne savait pas en ouvrant la porte qu’il allait découvrir le secret du bonheur. La huitième va vous étonner !

- Bonjour, vous vous souvenez de ce que je vous avais dit, l’an dernier à pareille époque ?
– Pas très bien, je dois dire…
– Bonne année. Je vous avais dit bonne année. Et je vous avais souhaité joie, amour et bonheur.
– Ah, oui, ça me revient. Vous aviez ajouté “Et la santé ! Parce que c’est important, la santé !”
– Oui. C’est important. Et vous, qu’avez-vous fait ?
– Ben…
– Vous êtes tombé gravement malade !
– C’est vrai, oui, mais les docteurs disent que je vivrai !
– Oui, oh, les docteurs, ils disent ça comme ils diraient autre chose, vous savez.
– C’est vrai qu’ils disaient la même chose à ma femme…
– Vous voyez ! Très bel enterrement, d’ailleurs.
– Vous n’y étiez pas.
– Non, non, avec le yacht à essayer, vous savez ce que c’est…
– Non.
– Mais je suis sûr que c’était un très bel enterrement. Vous connaissant. Vous êtes doué, pour ces choses là.
– Oh, oui, au bout du septième en un an, forcément.
– Oui. Quelle chance d’avoir une si grande famille, tout de même ! Mais vous parvenez quand même à vous plaindre.
– Ben là, il ne me reste plus grand monde.
– Oui, surtout que vos enfants refusent désormais de vous parler !
– Ils ne refusent pas, ils sont tombés en catatonie.
– Ah, oui, la Catatonie, très belle région, j’y suis allé avec ma maîtresse et mon épouse l’été dernier.
– La Cappadoce. Je sais. C’est là qu’elle a attrapé cette maladie.
– Ma femme ? Mais non. Elle va bien.
– Votre maîtresse. Mon épouse. Ma veuve.
– On ne dit pas ma veuve, ce n’est pas vous qui êtes mort. Soyez précis, que diable.
– Bon, bon. Et quel bon vent vous amène ?
– Bien je vous l’ai dit. L’an dernier, je vous avais souhaité santé, bonheur et réussite… Vous voilà veuf, malade et chômeur. Parce que vous vous êtes fait virer de votre travail.
– Non. Ma boîte a fait faillite. Suite aux problèmes de santé de mon épouse.
– Bon, bon, ne jouez pas sur les mots. C’est pareil.
– Techniquement, non. Je n’ai pas droit au chômage, du coup. Mais je fais contre mauvaise fortune bon coeur ! J’ai appris à cuisiner la terre. C’est pour ça que je suis tombé malade, d’ailleurs.
– Bon, bon, épargnez-moi ces détails malsains. Je suis venu vous annoncer que je vous assignais en justice.
– Pardon ?
– Mauvais usage de voeux.
– Ca n’existe pas.
– Si, la loi est passée l’été dernier.
– Je l’ignorais.
– Vous pourriez faire un effort. D’ailleurs, je vais vous dire. Le bonheur est en chacun de nous, mais pour l’avoir, il faut le vouloir.
– Paulo Coelho ? C’est vous ? Puis-je avoir un autographe ?
– Non.
– Bon. Tant pis. Bonne année !
– Et surtout, la santé.


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Pondu par raph le Friday 2 January 2015 oui je sais la date est en anglais, c'est parce que je suis trop hype dans ma tête.

Baby come back

La charte du parfait blogueur m’imposant de régulièrement m’exprimer sur des sujets que je ne maîtrise pas complètement, voici, pour toi, Zhom dans l’attente de bb1, une FAQ qui te permettra de tout savoir sur ton rôle de futur papa.

Car c’est un fait avéré : quand le futur petit bonheur à venir arrondit délicatement le ventre de sa maman, cela crée une réaction hormonale subite qui pousse des gens à venir lui toucher le ventre et lui prodiguer force conseils avisés : “Mais enfin, de l’alimentation ? Mais vous savez, madame, il ne faut pas prendre du poids !”. Il paraît que certaines personnes peuvent parcourir jusqu’à 1400 kilomètres pour pouvoir toucher le ventre d’une femme enceinte et lui dire “ça alors, à la façon dont il bouge, ce sera un garçon, vous savez, il faut s’y prendre tôt pour les inscrire dans une bonne école militaire, vous devriez déjà faire les démarches !” Alors que toi, pendant ce temps-là, tu te retrouves planté tout seul dans ton froc, et tu seras probablement condamné à te toucher le ventre toi-même. A peine Laurence Pernoud te jette-t-elle un regard discret. Pourtant, le rôle de l’homme est toujours plus important : alors que, jadis, il fumait des cigarettes en faisant les cent pas dans les couloirs de la maternité puis avait beaucoup de travail pendant que ses chers petits, on ne les a pas vu grandir !, se droguaient et rateient leur contrôle d’algèbre, aujourd’hui, la plupart des hôpitaux sont non-fumeurs, ce qui nous oblige à beaucoup plus nous investir dans le processus gestationnel.

Bref.

Une FAQ, on avait dit.

Vous savez ce que c’est, nous, les hommes enceintes, on s’égare.

Bref.

Je viens de parcourir Internet, j’ai biffé de ma liste tous les prénoms dont des gens se moquent, car on ne voudrait pas qu’il soit la cible de quolibets, ce cher petit amour !!!, il ne me reste que Epicène, Vladimir ou Fiat500 pour une fille et Athanagor ou Estragon pour un garçon, en ai-je oublié ?
Les prénoms anciens reviennent à la mode : Kevin, Cynthia, Samantha, Kévin, par exemple.

Pourquoi est-ce que tout le monde me félicite ? Parce que pour le moment, tout ce que j’ai fait, c’est de mettre la petite graine dans le réceptacle à petites graines (voir figure 12) et franchement, ce n’est pas bien sorcier, même François Hollande y arrive, lol, est-ce que les gens ne devraient pas attendre pour me féliciter que l’enfant atteigne la majorité sans passer par la case prison ?
Ah, toi aussi, ça te fait ça ? Ca me rassure, du coup, je me disais qu’on me félicitait, au vu de mon adolescence, d’avoir réussi à atteindre ladite (figure 12).

La sage-femme s’est exclamée : “C’est une fille !” Franchement, quand donc se sortira-t-on enfin de ces clichés genrés ?
On ne dit pas sage-femme, mais sage-personne.

Puis-je vous vendre de la publicité pour des langes recyclables en poil d’alpaga ?
Ah ben j’espère bien ! Je vois pas vraiment l’intérêt d’être parent en 2014 si on ne peut même pas en profiter pour faire des articles sponsorisés sur son blog.

Est-il vrai que posséder un bébé, c’est un super moyen pour pécho ?
Partiellement. Evidemment, lorsque tu te rendras au parc avec ce cher petit bonheur !!!, nombre d’accortes jeunes personnes viendront te demander la permission de le prendre dans leurs bras fraîchement épilés. Mais très rapidement, au moment de leur compter les fleurettes, tu te souviendras d’un détail important : tu possèdes un bébé en bas âge.

Mon épouse vient de me demander : Peux-tu changer le bébé ? Pourtant, je trouve celui-ci très joli, comment le lui dire ?
Je crois que plus personne ne fait cette blague depuis 1839.

Cela fait maintenant seize heures consécutives que l’enfant de mes voisins pleure. Le mien se laissera-t-il aller à des comportements similaires ?
Bien sûr ! Mais quand ce sera le tien, tu ne penseras pas “J’aimerais bien l’éviscérer, qu’il sache pourquoi il pleure”, mais “Qu’il est mignon, le cher petit ange !!! et il le sera encore plus quand je l’aurai éviscéré, qu’il sache pourquoi il pleure”

Ah d’accord. Est-ce que vous pensez que je peux changer le bébé, du coup ?
Contre un bébé chat, oui. C’est autorisé.

Connaissez-vous un excellent moyen de faire manger des légumes aux enfants ?
On a déjà eu cette conversation.

A l’heure du numérique, est-il bien normal qu’il faille plus de neuf mois pour la fabrication d’un enfant, ne faudrait-il pas songer à optimiser les processus afin de créer des synergies ?
Oui. Neuf mois, c’est le temps nécessaire pour annoncer le cher petit bonheur !!! à ta famille, aller chez Ikea, te faire lentement à l’idée et prendre vingt-cinq dernières cuites.

J’ai bien lu mon Laurence Pernod, surtout les images. Si j’ai bien tout compris, un enfant, ça pleure énormément, sauf quand ça voit des seins. Quelle différence avec un utilisateur du réseau social Twitter ?
L’enfant, lui, rira à tes blagues. Du moins pendant les six premières années de sa vie.

Est-ce que je verrai, c’est que du bonheur ?
Oui. Et un peu de vomi.


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Pondu par raph le Monday 24 November 2014 oui je sais la date est en anglais, c'est parce que je suis trop hype dans ma tête.

WiFi génie

Jean-Olaf avait pris une décision importante. Une décision qui allait peut-être bien changer sa vie. Il allait se passer d’internet. Pendant toute une semaine. “Ca peut paraître fou, mais c’est comme ça”, lâcha-t-il lors de la conférence de presse qu’il avait organisée pour annoncer l’évènement, “le wifi de l’hôtel ne marche pas très bien au cinquième étage alors je me suis dit, pourquoi pas ? Ce sera l’occasion de questionner notre rapport à la société de l’information dans un quotidien surconnecté. Et puis les frais de roaming sont super élevés, en plus. Vous me direz si Federer gagne, hein, déconnez pas ?”

Aussitôt, les questions fusèrent : “Mais comment allez-vous faire si par exemple Slate publie un article pour parler de l’article du Huffington Post France, qui est une traduction de l’article américain qui cite fortement une étude citée par le Daily Mail online affirmant que les gens qui possèdent des chats sont plus doués en hula hoop que les trompettistes ? Ou si, par exemple, le hashtag #remplaceletitredunfilmpardessaucissesapéritives devient très populaire ?”

Jean-Olaf tressaillit à cette évocation. Il y a trois ans, lors du célèbre Robert Merlu gate, il s’était fait l’auteur de plusieurs blagues désopilantes, dont l’une avait été reprise dans l’article de 20 minutes “Robert Merlu – les internautes se déchaînent”, ce qui lui avait valu sept nouveaux followers. Pouvait-il se permettre d’être absent si un tel événement se reproduisait ? Mais il devait être fort. Il ne pouvait pas craquer. Pas maintenant.

Le temps passait. Lentement. Si lentement. Jean-Olaf s’ennuyait comme rarement il s’était ennuyé. Il avait du mal à croire qu’au temps de sa folle jeunesse, lui et tant d’autres avaient réussi à surmonter des épreuves telles que attendre que le feu passe au vert, attendre que le serveur passe prendre la commande, attendre que le serveur amène l’addition, aller aux toilettes sans internet ou écouter une phrase de plus de dix-sept syllabes sans téléphone portable connecté. Que faisaient-ils de tout ce temps ? Rien. Pas étonnant qu’ils aient été si bizarres.

Mais Jean-Olaf essayait de faire contre mauvaise fortune bon coeur. Il doit bien y avoir des aspects positifs. Tout ce temps, je peux le passer à méditer sur le sens de la vie, se disait-il. Tiens, cet oiseau à la grise robe, son vol n’est-il pas majestueux ? Si seulement je pouvais aller sur wikipedia pour tout connaître de ses habitudes alimentaires et sociologiques !

Déjà vingt minutes. Cela commençait à devenir plus facile. Il n’avait plus cherché son téléphone dans sa poche depuis quatorze secondes. Il sentait qu’il commençait à se détacher. Son esprit était déjà plus libre, plus serein, comme un oiseau à la grise robe.

Il redécouvrit le plaisir simple de lire le journal. C’était étonnant. Ainsi, une personnalité était décédée la veille. Il ne la connaissait pas. Un acteur, semble-t-il, qui avait joué dans plusieurs films. Hé bien le journaliste ne disait pas “Incroyable, il va tellement nous manquer !!!” et ne faisait aucun jeu de mot. Quel manque de professionalisme. Il sauta les pages politique et économie : personne ne s’insultait dans les commentaires, c’était bien la preuve que le sujet n’était pas si intéressant. Il posa sur une chaise le journal du matin et commanda un café en riant. Toute cette histoire commençait à lui peser sur les nerfs.

Heureusement, il avait prévu dans l’après-midi une visite guidée à travers la ville, ses venelles étroites et chamarrées, ses façades bucoliques, ses monuments fiers témoins d’un passé révolu, ses chats alanguis. Il se réjouissait de pouvoir enfin flâner, simplement, s’imprégner de cette culture millénaire. C’était magnifique. Il prit 293 photos. Puis il héla des passants : “Regardez, madame, j’ai pris des photos !” “Oui, bon, moi j’ai mon bus à prendre.” “Non, pardon, vous ne comprenez pas. J’ai pris des photos, #igersmaubeuge #ruelleporn #crustacés #nofilter #…” “Oui bon si vous continuez j’appelle la police.”
Neuf minutes plus tard, personne n’avait liké le moindre de ses clichés. Quand il y repensait, il avait fait une blague (est-ce que je pourrais avoir du sel… de cheval !!!) à midi dans ce petit restaurant typique et personne ne l’avait retweetée. Et personne n’avait répondu à ses pokes. Il se sentait seul, si seul, abandonné de tous… Il s’assit sur le trottoir et pleura à chaudes larmes.

Un quidam, voyant son désarroi, entreprit de le réconforter. “Hé bien, monsieur, que vous arrive-t-il ?” “Je suis sans connexion fixe depuis… houla, plus de huit heures, je me sens vide, je me suis inexistant, je ne sais pas, je ne sais plus” “Ah, oui, je comprends, l’autre jour, le réseau est tombé en panne au bureau, j’ai été obligé de travailler plusieurs minutes d’affilée sans aucune distraction, ça a fait la une de tous les quotidiens, une horreur, je vais déposer plainte au conseil des droits de l’homme” “Fort bien mais d’ici là, peut-être pouvez-vous m’aider, me dresser la liste des onze derniers motifs d’indignation, par exemple ? J’aimerais pas que les gens me pensent insensible parce que j’en ai raté un, voyez” “Je vois, je vois, mais hélas, je les ai moi-même ratés car cinq nouveaux niveaux de Candy Crush viennent d’être débloqués.”

Pour se réconforter, Jean-Olaf tenta de penser que des tas de gens devaient être dans la même situation que lui, parce qu’ils étaient trop vieux et n’y comprenaient rien à tous ces internets, parce qu’ils vivaient dans des pays où, hélas, les infrastructures numériques laissent à désirer, ou alors parce qu’ils passaient le week-end au chalet. Des gens qui ignoraient tout du top 10 des chatons qui ressemblent à des chevaux, qui n’avaient jamais lu le courrier du coeur de Slate et pensaient naïvement que cette rubrique existait depuis toujours dans des magazines pour adolescentes, voire qui, ignorant tout de la vraie et unique recette des pâtes à la carbonara, les cuisinaient comme bon leur semblait sans se douter du drame terrible qui se tramait dans leurs assiettes en porcelaine véritable. Il fondit en larmes.

Jean-Olaf avait pris une décision importante. “Lol, vous y aviez cru ? Une semaine sans internet ? Lol c’était trop un fake, les nuls”, lâcha-t-il lors de la conférence de presse qu’il avait organisée pour annoncer l’évènement.


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Pondu par raph le Monday 10 November 2014 oui je sais la date est en anglais, c'est parce que je suis trop hype dans ma tête.
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