Tease for fears

November 25th, 2009

Lectrice, lecteur, public chéri mon amour.
Les décorations de Noël sortent timidement de leurs retraites estivales et dans nos boîtes à lettres volettent doucettement les factures. Les signes ne trompent pas, la fin de l’année approche furieusement. Et, avec elle, la fin d’une décennie. Alors bien sûr, ce n’est pas aussi classe que la dernière fois où d’un coup d’un seul on a eu droit à fin d’année, de décennie, de siècle, de millénaire, du monde et de soirée difficile. Mais quand même, c’est un peu classe.

Avant le passage à l’an 10, attends-toi à voir foisonner les top 10. Les meilleurs albums rock des années 00, les meilleurs livres des années 00, les plus beaux chevaux des années 00, tout ça. Le meilleur, ou le pire, je sais pas trop, des années 00, c’est l’apparition des blogueurs, des gens dont une des activités principales et de classer des trucs par 10. Si tu es un jeune urbain cool, capable de trouver passionnante une analyse scientifique des moeurs politiques des héros de séries télé au point de la retwitter (et que, dans le même temps, tu comprends les 9243 private joke des 4 derniers posts du blog grâce auquel on sait enfin pour qui voterait Homer Simpson s’il était français (mais il serait beaucoup moins Homer, alors)), tu adores probablement ça, sinon y a longtemps que tu aurais arrêté de lire des blogs pour aller élever des faisans sur facebook.

Hé bien, sur ce blog, attends-toi à bientôt voir un truc qui n’a absolument rien à voir, je crois que je me suis laissé un peu emporter à un moment, parce qu’en fait les top 10 je ne sais pas faire, ça me stresse trop. Mais comme c’est probablement la dernière fin de décennie que je vis en tant que blogueur bleu, il fallait tout de même que je marque le coup : attends-toi à voir non pas un, non pas deux, mais bien plusieurs posts consacrés aux années 00. Il y aura du suspense, de l’amour, de la musique, de la laitue, de l’humour, des gifs animés et, probablement, l’un ou l’autre poney.

prochainement

et même carrément

bientôt

Faute de main, de main, toujours de main (uchronie amère)

November 20th, 2009

Ce jour là, la FIFA avait décidé de faire rejouer le match France-Eire, créant ainsi un précédent salutaire. Dans la foulée, l’attaquant français confessa une palanquée de hors-jeu, de tirages de maillots et de plongeons non sanctionnés au cours des dix-sept dernières années.

Le fair-play devint à la mode, les confessions se succédèrent. Peut-être par jalousie, peut-être soulagés d’enfin pouvoir ouvrir leur coeur, de nombreux joueurs confessèrent avoir eux aussi triché et demandèrent de rejouer des matches. En janvier 2010, 7400 matches internationaux de rattrapage furent organisés. Les championnats nationaux prirent un retard considérable et, en France, on décida finalement de donner le titre à Grenoble 38, seule équipe à avoir réussi à terminer trois matches cette saison-là.

Mais cette vague d’honnêteté ne s’arrêta pas là. Cyclistes, hockeyeurs et même quelques curleurs confessèrent des péchés passés. Puis ce furent des ex-étudiants qui demandèrent spontanément, des années après, l’autorisation de repasser leur bac car ils avaient triché à l’épreuve d’allemand. “Quel exemple on a donné aux enfants”, ajoutèrent-ils. Par souci d’équité, ils exigèrent des conditions identiques, mais leur demande fut rejetée, car où veux-tu trouver une machine à stencils en cette saison ?

Moi-même, d’ailleurs, je décidai d’appeler mon ami Jean-Hans, retrouvé grâce à facebook. “Tu te souviens, en 1997, dans le train, le jass ? J’avais coupé sur la dame de Périclès, puis retiré à coeur ? Bon ben je savais que c’est toi qui avait le 8, à cause du reflet dans la vitre. J’aimerais qu’on rejoue cette partie. Quand je pense que des enfants nous regardaient peut-être !”

Puis ce furent des chefs d’entreprise, qui concédèrent avoir faussé les résultats du troisième trimestre 2007, allez, on se refait un troisième trimestre ! on peut pas ? bon ben l’intention y est, allez, pour la peine, on se vire avec une toute petite indemnité de licenciement, 2-3 millions à peine, de quoi s’acheter un sandwich. Puis des comptables, qui refirent le bilan de leurs clients mais sans rien dissimuler, ce coup-ci. Des politiciens qui avouèrent avoir raconté n’importe quoi pour se faire élire. “Quand on pense que des enfants ont peut-être voté pour nous ! Allez, on va refaire cette élection.”

Le monde méaculpait comme jamais il n’avait méaculpé.

Pendant ce temps-là, les enfants, eux, jouaient aux billes. Et trichaient.

Où vais-je, où suis-je, UhGruhr

November 18th, 2009

Nous sommes à la Préhistoire, un mardi. La période est encore très chasse, très cueillette. Mais un jour, UuuhGruhrrr se blesse malencontreusement dans un stupide accident de fougère. Contraint de garder la paillasse quelques jours, il décide de se rendre utile, car la procrastination n’a pas encore été inventée, en tenant la caverne propre car la poussière, elle, existe déjà depuis plusieurs belles lurettes.

Comme il n’est que moyennement valeureux, il convainc, une fois rétabli, son chef, Uuuuuuuuuuh-Grur, de lui permettre de continuer à exercer des fonctions nettoyatrices : la conciergerie est née.

A vrai dire, UuuhGruhrrr ne s’épanouit pas immédiatement dans ses nouvelles tâches anti-taches. Lorsque ses camarades de clan reviennent, le soir, contant leurs péripéties quotidiennes, il n’a pas grand chose à leur répondre : “Ohlala aujourd’hui, on s’est battus contre un mammouth d’au moins 13 mètres, et toi ?” “Ah moi j’ai fini de nettoyer le coin gauche de la caverne, je peux te dire que ça a pas été évident !”

Mais UuuhGruhrrr finit par découvrir que son balai lui confère une certaine autorité. Bien sûr, ce n’est pas aussi classe que chef ou que sorcier, c’est beaucoup plus subtil, mais il constate assez vite que les gens s’excusent trois fois quand ils passent à côté de lui, et qu’il lui suffit de grommeler un peu pour faire faire de grands détours à ses congrottiers.

Or, déjà à l’époque, l’homme aime le pouvoir, si infime soit-il. UuuhGruhrrr décide alors de devenir un concierge odieux et tyrannique, exigeant que les membres de la tribu retirent leurs bottes en peau de gnou avant de rentrer, se plaignant sans cesse que quelqu’un a encore laissé traîner ses os n’importe où et qu’on voit bien que ce n’est pas eux qui nettoient, bougonnant sans cesse au point que, bientôt, la caverne est si propre qu’il peut se permettre d’aller ramasser des glands toute la journée.

Cette amusante anecdote n’est pas seulement à l’origine de l’expression imagée “glander”, elle explique pourquoi, aujourd’hui encore, les concierges, qui se racontent cette histoire oubliée dans leurs assemblées secrètes, bougonnent et mettent en oeuvre des moyens colossaux pour retrouver la graine d’anarchiste qui a laissé son adoucissant à la buanderie.

Au pays de l’Empereur Tomato Ketchup

November 17th, 2009

Lectrice lecteur, belge, québécois, français, parisien, ouzbek : il est un évènement historique dont tu n’as probablement pas entendu parler. Heureusement que je suis là. Le week-end dernier, pendant que tu regardais je ne sais quelle rediffusion des Experts ou télé-réalité calamiteuse sur M6, la Suisse devenait championne du monde.
Et attention, pas de culring, de tchouckball ou de cracher de noyau de cerise. Non. De football.

Alors oui, bien sûr, tu vas me dire, les moins de 17 ans, ça compte pas vraiment. Mais premièrement, pour une fois qu’on est champions du monde d’un truc, on va pas bouder notre plaisir. Et deuxièmement, le dernier à avoir dit ça, “les moins de 17 ans ça compte pas vraiment”, il a eu des gros problèmes à son arrivée à Zurich. En tous cas, en Suisse, tout le monde pardonne à ces jeunes d’être jeunes, sauf éventuellement deux-trois joueurs de la vraie équipe qui auraient déclaré “Ouais mais évidemment, c’est un peu facile, nous aussi, si on voulait, on pourrait donner des passes dans les pieds, cadrer un tir de temps en temps et jouer nonante minutes par match, mais ce serait un peu facile !”

Même si tu n’es pas au courant des choses du football, tu sais probablement que pour gagner des matches, il faut être bon en récupération. Et c’est désormais un sport national en Suisse, la récupération. En moins de temps qu’il n’en faut pour tourner un spot de pub pour des rasoirs, de partout, oubliant au passage qu’on n’est pas sérieux quand on est M17, on se rue sur cette victoire. Les nouveaux héros nationaux n’ont encore pas l’âge de se laisser pousser une belle barbe à la Guillaume Tell que déjà, on veut s’assurer qu’ils n’aillent pas voir ailleurs si l’herbe est plus verte et moins couverte de nains de jardins.
Alors que se demander, sans le demander aux intéressés, si cette victoire est une aubaine pour les partisans de la naturalisation facilitée, c’est un peu comme se demander si elle l’est pour les coiffeurs, pour les partisans du droit à porter des prénoms à la con.
Parce que vois-tu, nos M17 sont, en grande majorité, double-nationaux. Ce qui est normal : Les valeurs de la Suisse étant précision, ponctualité, géraniums et peur de l’autre, difficile de faire une équipe junior dans un pays où les nouveaux nés ont, en moyenne, 50 ans.

Cette longue introduction pour te dire que moi aussi, j’ai décidé de récupérer l’évènement. Mais pas à cause de la binationalité, on s’en fout de ça, je suis d’ailleurs moi-même moldavo-togolais et le vis très bien. A cause de l’autre particularité de ces jeunes footballeurs : leur jeunesse. Pour une fois qu’en Suisse, on cause d’adolescents sans qu’ils aient poignardé quiconque ou mis le feu autrement que métaphoriquement, profitons-en. Nos moins de 17 ans savent jouer alors que seuls les insomniaques tentent encore de regarder des matches de l’équipe A. Très bien. Commençons par envoyer le petit choeur de Murist-Vuissens au prochain concours de l’Eurovision, puis remplaçons nos indétrônables présentateurs télé par des ados. Puis nos conseillers fédéraux. Au lieu de prétendre, sans rire, être la plus ancienne démocratie au monde, devenons la 1re kikocraci o mond. LOL.

Certains l’Emmerich

November 12th, 2009

La fin du monde, c’est un peu comme le loto, on sait bien que les chances sont minces que ça marche, mais on ne peut pas s’empêcher d’y croire un tout petit peu quand même. La prochaine, la 23e depuis le bug de l’an 2000 environ, est prévue en 2012, quelques mois après la réélection de Nicola Sirkis. Tout ça parce que les mayas ont oublié de finir leur calendrier, si j’ai bien compris. Tout ce foin pour une histoire d’abeilles, ça me semble très exagéré. Si ça se trouve, les Mayas n’annonçaient qu’une pénurie mondiale de Miel Pops.

En attendant, le réalisateur Roland Emmerich, à qui on doit certains des plus grands films comiques de ces dernières années, nous livre sa vision de la fin du monde, un sujet qui inspire décidément les plus grands.

Comme la fin du monde, c’est un peu comme le loto, on sait bien que les chances sont minces que ça marche, mais on ne peut pas s’empêcher d’y croire un tout petit peu quand même, ce n’est pas le moment de perdre deux heures pour aller voir ce film. A la place, je te propose un atelier-film catastrophe.

Pour faire ton film catastrophe toi-même, tu auras d’abord besoin d’un scénario. Rassure-toi, pas besoin qu’il soit très étoffé, il te faut juste une situation initiale effrayante. C’est très important de bien la choisir : si ton point de départ c’est, par exemple, “des gens sont coincés dans un tunnel”, tu devras redoubler de malice pour arriver à caser toutes tes explosions. Car le plus important, pour ton film catastrophe, c’est de placer 947 explosions diverses et un héros qui s’en sort de justesse 947 fois.
Les invasions extra-terrestres et autres catastrophes climatiques ayant été surexploitées ces derniers temps, je te conseille de changer d’idée. Les situations effrayantes ne manquent pas: épidémie mondiale de rhume, vague de terrorisme menée par des clowns, des poneys et des jongleurs… Ensuite, il faut des scènes de panique avec de la musique qui fait très peur, et des trucs qui explosent.
Et un personnage principal. Il doit obligatoirement avoir un enfant d’une dizaine d’années, si possible malicieux et débrouillard mais pas trop. Pas besoin de prendre de très bons acteurs, il suffit qu’ils sachent prendre l’air paniqué et le tour est joué, comme le prouvent ces documents exclusifs :

A la fin, il faut que le héros et le jeune enfant s’en sortent et se réconcilient avec la mère de l’enfant et même y en a un qui verse une larme. Il faut aussi des oiseaux qui chantent.

J’ai moi-même tenté de réaliser mon film catastrophe.

Suite à une malencontreuse erreur, un concert de Michel Sardou est diffusé sur toutes les chaînes de télé du monde. Pris de panique, les gens jettent leur télé par la fenêtre, voire se jettent par la fenêtre, voire, mais plus rarement, jettent leur hamster par la fenêtre. S’en suivent plusieurs explosions, quelques incendies, des gens hagards qui courent en tous sens, bref, un bordel monstre. Le héros, un ancien tourneur-fraiseur désabusé qui vit seul avec son chaton, tente de se réfugier dans un endroit où il n’y a pas de télé : chez des amis bobos. Mais ceux-ci sont en train de participer à une soirée mantra et cacahuètes, ce qui donne lieu à de nouvelles scènes de panique.

A la fin, le héros sauve la planète et des oiseaux chantent.

Bon ok le scénario n’est pas encore tout à fait au point mais j’ai déjà la scène de gros plan effrayé.

Photo 2

Ich bin ein Hamburger

November 9th, 2009

Je ne sais pas si tu es au courant mais il y a 20 ans exactement que le mur de Berlin est tombé. Depuis, des milliers de maçons est-allemands sont au chômage.

Cela veut dire que les gens qui fêtent leurs 20 ans aujourd’hui (joyeux anniversaire) n’ont jamais connu le concept de guerre froide. Qu’ils n’attendent pas en tremblant le jour où il faudra aller se cacher dans l’abri anti-atomique à la cave. Et qu’ils ne savent pas, les pauvres, qui sont les Méchants.

Avant, c’était simple. Il y avait un mur pour séparer les Gentils des Méchants, ça aidait à bien situer. Les Russes faisaient de la propagande pendant que les Américains nous édifiaient grâce à des films divertissants comme Rambo ou Rocky. Les communistes mangeaient des bébés, les capitalistes préférant les garder pour pouvoir les revendre plus tard. Les athlètes Est-Allemands, dopés pour servir l’image de la nation, boycottaient les jeux de Los Angeles car ils étaient lâches et serviles alors que les Américains, suivi médicalement pour leur permettre de s’épanouir dans la pratique ludique de la compétition, refusaient de se rendre à ceux de Moscou car ils aimaient trop la liberté (et les Suisses profitaient de ces occasions pour enfin ramasser quelques médailles). Là-bas, si tu critiquais le gouvernement, on t’envoyait au goulag. Ici, on t’envoie Frédéric Mitterrand, c’est tout de même nettement moins effrayant.

Aujourd’hui, c’est le bordel et il ne faut pas s’étonner si la jeunesse manque de repères. Comment reconnaître facilement le Bien du Mal si celui-ci ne s’appelle plus ni Popov ni Swzcwzrski ?

Je demande donc que nous désignions immédiatement de nouveaux méchants. J’hésite entre les chauves, les jongleurs ou les furets.

Légende urbaine

October 19th, 2009

Or, il advint qu’en ce temps-là, Procrastinator, Dieu de la Glande, des Travaux remis à demain, du Démineur et du Solitaire, fut combattu par la diabolique coalition de Burokrator, dieu de la paperasse, et Chefredaktor, fulminant et vociférant héros chargé de veiller sur les délais rédactionnels.

Mais alors qu’il avait un genou à terre, Procrastinator, la plus habile et la plus ingénieuse des divinités de son époque, inventa Internet.

Et l’on dit que depuis, il est le plus fort des Dieux du Panthéon. Car quand l’homme, naïf et docile, croit que cette invention lui facilite la tâche pour s’acquitter des nombreuses épreuves que mettent sous ses pas le cruel Burokrator et le perfide Chefredaktor, il ne se doute pas qu’il est déjà dans les filets du puissant Procrastinator.

Et au moment où il réalise qu’il est en train de regarder des vidéos de chaton plutôt que de terminer sa déclaration d’impôts en ligne, qu’il est en train de retwitter celle-là même qu’il avait pokée le matin même plutôt que de se documenter en ligne sur l’évolution du PIB du Kazakhstan au deuxième semestre, et quand il se dit que tout cela est blogable, alors il est déjà trop tard.

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Aucune fille au monde

October 14th, 2009

La sortie cinéma de la semaine c’est évidemment G-Force, film d’action, de hamster et de Hoyt Yeatman.

Un film que je serais bien allé voir, tout ébahi que je suis d’apprendre que oui, Hoyt est un vrai prénom. Hélas, Benjamin-Constant, mon fils imaginaire, semble peu intéressé parce que, je cite “c’est naze ce truc, c’est pour les bébés”. Le problème des enfants imaginaires, c’est que leur âge évolue de façon totalement anarchique et B-C a hélas 13 ans cette semaine.

Par contre, le probable succès de ce film va probablement donner des idées aux réalisateurs. En ces temps de crise, en effet, faire jouer des rongeurs est une idée bankable, comme disent les jeunes.

The full cage, titre français de Like a squirrel in its wheel, film anglais
Dans une petite ville minière du nord de l’Angleterre rongée par le chômage et l’alcoolisme, des chinchillas trompent l’ennui en rongeant les barreaux de leur cage. Un jour, l’un d’entre eux décide de monter un spectacle d’acrobaties. Les autres chinchillas du village sont d’abord réticents, mais décident ensuite de l’aider, malgré les difficultés.

Gnavere karminrøde, film danois.
Hjørg, un cobaye de laboratoire amputé des pattes avant, réussit à s’échapper. Il est recueilli par une famille, qui l’apprivoise, mais le chat l’attaque et les enfants lui tirent les poils. Il sombre dans la dépression et passe des journées entières à tourner sur sa petite roue. Hélas, le film, tourné en caméra subjective, s’arrête là, le monteur s’étant suicidé après le troisième tour de roue.

J’aimerais que tu nettoies la cage plus souvent, film français
Bernardo et Blanche, deux souris se sont aimés follement. Mais la vie les a séparés. Bianca a quitté l’Italie pour refaire sa vie à Paris avec Jean-François, un furet. Aujourd’hui, Bernardo vit seul avec Moustaches, leur fils en proie aux troubles de l’adolescence. Bernardo et Blanche se revoient chaque année, à l’époque des vacances de Noël. Et si tout recommençait enfin comme avant ?

C’est pas moi, c’est Murphy

October 12th, 2009

Il y a bien longtemps que ce blog, jadis haut lieu de l’effervescence scientifique et de l’émulation intellectuelle, n’a plus ouvert de véritable débat philosophique de fond. Or, un jeune lecteur de Melun me soumet cette intéressante question : Pourquoi diable, me demande-t-il, se fait-on trois fois plus draguer dès lors qu’on est casé ?

Et il met là le doigt sur un sujet sensible. Prenez un jeune homme, avec ce qu’il faut de sémillance, installez-le dans un train dans l’indifférence générale. Envoyez-le dans le wagon adjacent trouver l’âme soeur, ou au moins l’âme cousine, laissez mijoter quelque temps, disons suffisamment pour l’apparition des premiers surnoms ridicules, puis remettez-le dans le wagon initial. Des rames entières de jeunes filles lascives et nubiennes accourront alors, l’oeil pétillant, la moue concupiscente et le genou aguichant, lui lançant sans vergogne aucune de compromettants “Excusez-moi, cette place est libre ?”

Comment expliquer ce mystérieux phénomène ?

Certains ont alors supposé que les femmes seraient des agents du FBI, connectées en permanence à un réseau secret appelé à remplacer facebook, où l’on peut découvrir par simple voisinage ferroviaire si une personne est in a complicated relationship, et engagées par une organisation para-catholique pour juger de notre capacité à résister à la tentation. Mais cette thèse semble légérement empreinte de paranoïa.

D’autres se sont simplement dit que les jeunes gens au coeur fraîchement conquis faisaient plus d’efforts pour repasser leurs chaussettes snoopy et/ou manger cinq fruits et légumes par jour, ce qui est bon pour le teint, mais cette déduction est quelque peu passéiste, puisque les études prouvent que l’homme moderne, ou post-néo-cyber-metro-über-dodo-sexuel, n’hésite plus à se nourrir de façon équilibrée, jusqu’au jour où il rencontre, en même temps qu’un individu du sexe dit féminin, le régime quinoa-épeautre.

Or, une autre explication semble tenir la corde. Nous l’avons vu précédemment, la passion des femmes pour les plantes vertes ne peut s’expliquer que d’une seule façon : elles sont nées à la campagne. Or, on le sait, à la campagne, tout le monde se connaît. Et c’est tout naturellement, par esprit critique, qu’elles veulent vérifier la véracité des propos qu’elles n’ont pas manqué d’entendre rapporter, non sans une légère exagération due à l’enivrement d’une histoire naissante, quant aux talents du jeune homme dans des domaines aussi variés que la tonte du rhododendron et la chasse à l’épagneul breton.

La mère de Poum a trois fils

October 9th, 2009

Il n’y a pas de sot métier, dit un dicton. Fulgencio n’était pas tout à fait d’accord. Mais il ne le disait pas trop fort, de peut d’attrister ses parents. Il exerçait, en effet, sans conviction ni grand talent, la profession pratiquée par tous les membres de sa famille depuis tant de générations que plus personne n’en avait le compte exact : Sphinx.

Fulgencio se disait, avec fatalisme, qu’avec son physique, on ne lui proposerait jamais autre chose et, de fait, ses rares tentatives, à l’adolescence, pour tenter sa chance dans une autre filière s’étaient soldées par des échecs. Les recruteurs renâclaient. Fulgencio était victime des préjugés. Oh, on ne le lui avait jamais dit clairement, mais il savait bien que dès qu’il avait les ailes tournées, les gens jasaient : “On sait bien comment ils sont, ils ne peuvent pas s’empêcher de poser des énigmes à tout va et de boulotter ceux qui répondent faux ! Moi, avec cette crise, je peux pas me permettre de perdre des clients comme ça.” Et il ne pouvait leur donner complètement tort. Son stage dans la police s’était ainsi très mal passé, Fulgencio ayant insisté pour demander à chaque automobiliste arrêté ce qui a trois pattes à midi, monte à cheval et fait piou piou. De même, son entraîneur lui avait gentiment mais fermement suggéré de cesser toute activité footballistique le jour de la défaite par forfait contre le SC Vignoble-sur-Mer (gardien de but, il exigeait que les tireurs de pénaltys adverses lui disent ce qui est blanc le matin, pèse 300 kilos et ne mange pas de saumon).

Alors il faisait ce qu’il savait faire, Sphinx. Chaque mois, il dévorait le Mickey Parade et le Pif gadget, pour apprendre de nouvelles énigmes, afin que les clients ne se lassent pas. Il lui était même arrivé de lire un Bernard Werber, même s’il refusait toute question à base d’allumettes, sans que sa crédibilité n’en soufre. Le boulot avait bien changé depuis l’époque glorieuse : quand quelqu’un trouvait la bonne réponse, il ne se suicidait plus. Il était devenu trop difficile de trouver de la main d’oeuvre qualifiée pour se permettre ce genre de facéties, certes pittoresques. De même, il ne dévorait plus ceux qui se trompaient, préférant largement les pizza 4 fromages à la chair humaine. Mais à cause de sa réputation sulfureuse, plus personne ne voulait l’engager. Il avait été un temps physionomiste à l’entrée d’une discothèque, puis gardien de phare, et il surveillait désormais les entrées du musée de la vinaigrette artisanale de Pouchardeau-sur-Brougnette.

C’est un bien triste destin. (Je sais, il n’y a pas de chute, mais les Sphinx ont un problème avec les chutes).