Bon pour ton poil - Der Blog, der lolt

Le coup du lapin sauvage

Soudain, la nuit tomba. Seul et désemparé, Esteban errait au hasard des rues humides et goudronnées comme le lama erre dans la lande andine quand il croit qu’on va lui jeter des pastèques.
Ses retrouvailles avec Zia l’avaient chamboulé bien plus qu’il ne l’aurait cru. Pourtant, à l’époque, elle avait le don de l’agacer, avec sa voix haut perchée et sa constante perfection. Zia était parfaite. Elle ne jurait pas, ne rotait pas, n’était jamais injuste, ne fumait pas, ne traversait jamais la route en dehors des clous, ne mangeait pas avec ses doigts, ne pratiquait ni le sado-masochisme ni le cor des Alpes. C’est même pour ça qu’un matin, sous un futile prétexte, il avait fui sans se retourner, comme le couguar fuit souvent dans les Abruzzes quand il pense qu’on va lui faire écouter le dernier tube d’Hélène Segara. “Paraît qu’ils auraient retrouvé les cités d’Or”, lui avait-il dit, “je vais aller jeter un oeil”. “Très bien”, avait répondu la frêle jeune fille au regard sibyllin, “n’oublie pas ta crème solaire et préviens-moi si tu rentres tard, j’ai invité les Gomez, je leur préparerai du rôti à la vinaigrette.”
Vingt-trois longues années et une moyennement courte s’étaient écoulées depuis ce soir funeste. Esteban n’était plus le jeune godelureau insouciant de jadis et, souvent, lorsqu’il repensait aux jours heureux d’autrefois, il se prenait à regretter sa décision, surtout que ça faisait dix-huit ans, depuis son accident de pont et ses terribles conséquences, qu’il n’avait, comme il le disait parfois avec l’insidieuse nonchalance qui le caractérisait et en espagnol, plus niqué.
Las, elle avait probablement refait sa vie, peut-être bien avec Tao, qui lui avait toujours tourné autour, sauf une fois.

Ou alors avec Patou, son condor.

Le jour où il l’avait croisée, au hasard d’une rue, elle portait, il s’en souvenait très bien, une robe orange, un bandeau, un collier moche et des genoux. A sa vue, il s’était senti défaillir. Il n’avait pas songé, quand il avait pris la décision de revenir à Barcelone pour un symposium sur la dendrochronologie artistique appliquée à l’élevage du chinchilla en milieu urbain, qu’une rencontre lui ferait un tel effet. A vrai dire, il n’y avait pas vraiment songé, les chances de tomber subrepticement sur elle au hasard d’une rue étant, disons, à peu près égales à celles de Raymond Domenech de devenir un jour entraîneur de l’équipe de France de football sur gazon.

Esteban était perplexe. Foutrebleu, se disait-il, et si je lui disais que je m’étais perdu en allant lui chercher des croissants, y a une chance que ça marche?


:\'(:-/:-):-D\\o/ (3 votes, moyenne: 4.67)
Pondu par raph le Monday 17 July 2006 oui je sais la date est en anglais, c'est parce que je suis trop hype dans ma tête.

4 commentaires, ce qui est bien, mais pas top »

  1. y a toujours un risque à prendre le large

    aurait affirmé iroquoise le 11 July 2009

  2. […] du français sms, en parfois plus confus. Un genre auquel je m’étais d’ailleurs essayé ici même, sauf que je ne savais pas que ça s’appelait comme ça, car j’étais jeune et […]

    aurait affirmé Bon pour ton poil » Si j’existe, c’est d’être fan le 10 February 2011

  3. NSFW
    http://r34.booru.org/index.php?page=post&s=list&tags=mysterious_cities_of_gold

    aurait affirmé ­­ le 11 February 2011

  4. […] This post was mentioned on Twitter by dj ph and Zélia Sakhi (fr), Henry Krinkle. Henry Krinkle said: Fan fic des citées d'or, lâchez vos comz ! http://www.bonpourtonpoil.ch/?p=766 […]

    aurait affirmé Tweets that mention Bon pour ton poil » Le coup du lapin sauvage -- Topsy.com le 11 February 2011

RSS feed for comments on this post. TrackBack URI

C'est à quel sujet?

L'adresse e-mail ne sera ni affichée, ni vendue au fbi. Elle permet par contre l'affichage d'un gravatar. Si ton commentaire ne s'affiche pas, c'est à cause d'un antispam parano: tu serais bien urbain de m'en informer.

Les textes ne sont pas libres de droits. - Trifouillé avec Wordpress. La bannière est de Luria