Bon pour ton poil - Der Blog, der lolt

Run to the hills

C’√©tait un mardi. L’ascenseur √©tait en retard, tu as d√©cid√© d’y aller par les escaliers. Quelle ne fut pas ta surprise, une demi-vol√©e de marches plus bas, de retrouver tes poumons gisant sur le sol, implorant ta piti√©, rassemblant leur maigre dernier souffle pour clamer “plus jamais √ßa”.

Tu t’es alors dit : “Faudrait peut-√™tre que je me mette au sport”. Et tu as choisi la course √† pied. Tu en avais d√©j√† fait, dans le temps, le jour o√Ļ tu avais failli rater le bus et o√Ļ tu l’avais finalement rat√©. Et puis c’est tr√®s √† la mode, mais bon, √ßa, c’est pas de ta faute.

Tu t’es dit : la course √† pied, c’est facile. Il suffit de d√©placer ses pieds d’avant en arri√®re de mani√®re cyclique et, si possible, rapide. C’est bien plus simple que le plongeon synchronis√© ou que le surf des neiges. Premi√®re erreur.

Tu as aussi pens√© : et puis c’est pas tr√®s cher. Des chaussures, un slip et vogue la gal√®re. Deuxi√®me erreur.

Jeune na√Įf. Tu as confondu le noble art de la course √† pied avec le jogging du dimanche.

Tu es parti dans la for√™t, les oiseaux gazouillaient, les rivi√®res fr√©tillaient, les chiens batifolaient, les jeunes se droguaient, c’est le probl√®me des for√™ts urbaines. Alors que ton coeur battait la chamade et tes pieds la campagne, tu t’es dit que ce ne serait pas si facile que √ßa. De sa douce voix m√©lancolique, l’application que tu venais de t√©l√©charger afin de t’accompagner dans tes v√©ll√©it√©s kenenisabekele√Įennes annon√ßa sans l’ombre d’un tr√©molo, “Time : 5 minutes. Distance : 5 meters. I call the ambulance.”

Comme tu es un gar√ßon m√©thodique, tu t’es dit : de la m√©thode, de la m√©thode. De retour dans le confort de ton canap√©, tu as enfourch√© ton navigateur internet et tu as googl√© “astuces running” (car on ne dit plus course √† pied mais running, de m√™me qu’on ne dit plus auto-portrait mais selfie, mais avant de faire des selfies de ton running, attends d’arriver vivant au coin de l’immeuble, veux-tu?). Et l√†, drame, catastrophe, patatras: en r√©alit√©, c’est hyper compliqu√©. Il faut faire des fractionn√©s, des cotes, dire des choses comme j’√©tais √† peine √† 83% de mon cardio. Ca avait l’air tellement scientifique que m√™me le curling t’apparaissait soudain moins n√©buleux.

Il te fallait des chaussures adapt√©es √† la courbure de ton pied, des chaussettes adapt√©es √† la courbure de tes chaussures, un porte-t√©l√©phone-portable adapt√© √† ton t√©l√©phone portable et comme, jeune rebelle, tu en poss√®de un qui ne prend pas de i devant, tu as d√Ľ faire fabriquer l’objet sur mesure par des enfants aveugles, une casquette a√©rodynamique, des boissons isotoniques et une compilation de chants de l’arm√©e rouge soigneusement √©tudi√©e pour √©pouser au mieux ta progression rythmique.

Une fois équipé, tu étais plus pauvre que si tu avais opté pour la voile, le golf ou le cheval. Mais tu pouvais enfin te remettre à galoper, libre et flamboyant, au milieu des oiseaux, des ruisseaux, des chiens et des jeunes.

Tu n’avais jamais r√©alis√© √† quel point, quand ils construisent les villes, il ne r√©fl√©chissent pas au c√īt√© plat du truc. Ca monte, √ßa descend, √ßa remonte, franchement, c’est n’importe quoi.
Alors tu as pris ton courage à deux mains et ta voiture à propulsion mécanique pour aller au bord du lac. Comme exactement 17 932 autres coureurs, car le temps était maussade ce jour-là. Très bien ! Tu en as profité pour observer attentivement les autres athlètes dominicaux.
Il en existe plusieurs types : les vrais sportifs, que l’on reconna√ģt √† leur foul√©e alti√®re et r√©guli√®re, les gens √† qui leur m√©decin a ordonn√© de faire du sport dans les cinq minutes, que l’on reconna√ģt √† leurs exhalations rauques et au regard d√©sesp√©r√© qu’ils jettent √† l’horizon, les Parisiens, que l’on reconna√ģt √† leur √©quipement dernier cri, cuissettes hypothermiques et slip fusel√© en titane, et au fait qu’ils pratiquent le running en petites grappes de 5000 sous les yeux √©tonn√©s de touristes √©tonn√©s.
Tu as attrap√© au vol la foul√©e d’un membre √©minent de la deuxi√®me cat√©gorie et tu t’es senti pouss√© des ailes quand tu l’as irr√©m√©diablement l√Ęch√© dans la premi√®re difficult√© du jour, tel un Cancellara des grands jours, mais en plus modeste.
Tu as poursuivi ta folle chevauch√©e des sentiers de la gloire oh tiens un coin √† ail des ours si je m’arr√™tais un moment pour en ramasser un peu.

Puis il a plu sur cette plage et ton doux visage a disparu. Tu as fait une petite pause dans ton entra√ģnement, √† peine une semaine – huit mois. Quand tu as voulu t’y remettre, tout √©tait √† refaire. Je te propose donc de relire ce billet depuis le d√©but pendant que je vais me faire un caf√©.

Rus√©, tu t’es dit, cette fois, je n’abandonnerai pas d√®s les premier frimas comme ces onze derni√®res ann√©es, et puis l’hiver a √©t√© doux alors √ßa va : tu t’es inscrit √† une course. Une vraie, avec des podiums, mais ne t’inqui√®te pas, tu ne les verras que de loin, des dossards et un ravitaillement √† mi-chemin, qui s’av√®rera d√©cevant, ni entrec√īte, ni champagne mill√©sim√©, √† peine un verre d’eau.

Tu t’es entra√ģn√© dur avec un objectif pr√©cis : ne pas finir dernier. Tu as observ√© attentivement les r√©sultats des huit derni√®res ann√©es et tu t’es dit que cet exploit historique serait possible, √† condition de te munir de petits clous rouill√©s √† glisser dans les chaussures de tes contradicteurs. Puis, de fil en aiguille, ce fut le jour J. Tu es arriv√© en avance sur le lieu de ton forfait, tu as eu le temps de t’√©chauffer et, surtout, de copieusment t’ennuyer. Puis ce fut le coup de feu signalant le d√©part, et tu pris tes jambes √† ton cou, virevoltant comme un cabri malicieux dans le peloton effr√©n√©.
Très vite, tu trouvas ta juste place, loin derrière les Kenyans égarés et les vrais sportifs, loin derrière les gens venus là pour se dégourdir les jambes avant leurs seize marathons de la semaine prochaine, loin derrière pas mal de monde, mais tout de même pas derrière tout le monde, tu devançais fièrement de nombreux sportifs et tu feignis de ne pas voir que la plupart couraient dans la catégorie plus de 110 ans amputés des deux jambes et + de 7 paquets / jour.
Tu jouais des coudes pour te faufiler dans cette masse suante, tu remontais all√®grement de la 913 √† la 828e place, quand soudain, un panneau “1km”, √ßa alors, le temps passe vite, plus que 14, plus que cette mont√©e qui se profile au loin, et les huit suivantes, putain, qu’est-ce que je fous l√† ?

Puis, perclus de crampes, un peu vex√© d’avoir termin√© 107 rangs plus loin que le dernier class√©, tu t’es surpris √† dire : bon, c’est quand, la prochaine ?

Et c’est pour √ßa que je voulais te pr√©venir : fais bien attention, petit, le sport, ils y mettent plein de saloperies pour que √ßa rende accro, et en plus c’est dangereux pour la sant√©, alors fais bien attention, c’√©tait un message de pr√©vention de l’association pour la pr√©vention contre le sport.


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Pondu par raph le Tuesday 22 April 2014 oui je sais la date est en anglais, c'est parce que je suis trop hype dans ma tÍte.
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